La nouvelle mode bogotane: la justice immédiate

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En 5 jours, la police a empêché le lynchage de 3 personnes, dont un jeune de 13 ans et un handicapé mental, par la population. 3 cas d'abus sexuels présumés, et l'argument récurrent 'on a des enfants'.

Jeudi 5 mai, 400 personnes ont envahi une école de Soacha (sud-ouest de Bogota) pour y lyncher un homme soupçonné d'avoir violé un enfant de 5 ans. Au passage, des vols ont été commis dans l'établissement.

Dimanche 8, rebelote à Usaquén, au nord-est: les habitants ont tenté de frapper un homme accusé d'avoir abusé d'une petite fille. 'Nous avons des filles et la justice ne peut pas laisser faire'. Euh, la justice, c'est ce que c'est mais en général il y a un juge, un procureur, un avocat... une sanction le cas échéant, mais tout cela est codifié. C'est un peu ce qui fait la force de l'humanité, enfin je croyais. Même s'il a reconnu les faits; accessoirement, il est handicapé mental.

Et le lendemain, lundi 9, les habitants de Ciudad Bolivar ont détruit la façade d'une maison faute de pouvoir atteindre le jeune de 13 ans qu'ils accusent de viol sur une gamine de 4.

Dans les trois cas, l'équivalent local des CRS a dû mettre à l'abri le suspect.

Un expert en sécurité (?) cité par El Tiempo indique que ce genre de comportement, qui se développe depuis deux ans en Colombie, signe une méfiance toujours plus grande envers la justice. Les lynchages populaires se sont également répandus depuis quelques années dans deux autres pays andins, le Pérou et la Bolivie (où le rétablissement de la 'justice communautaire' est hautement problématique), mais aussi au Vénézuela, au Salvador et au Guatemala.

On a tout de même le sentiment que quelque chose ne tourne pas tout à fait rond. De fait, le Secrétaire à la Santé de Bogota vient de publier des chiffres pas trop rassurants: plus de 60% des Bogotans souffrent de troubles mentaux. Depuis le temps que je dis que Bogota est une ville aliénante, merci de le confirmer!