Visiteuse du soir

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J'ai ce soir une bien jolie visiteuse, mais je crains qu'elle ne passe pas la nuit...

En arrivant chez l'épicier du milieu de la rue, (en bogotan, 'l'Arabe du coin' se dit: el costeño, le gars de la côte, celui qu'on est content de trouver parce qu'il est ouvert 7 jours sur 7, de tôt le matin à tard le soir, mais qu'on n'apprécie que modérément par ailleurs, et il a un accent pourri d'abord), j'ai cru voir voler une feuille morte. Assez absurde, l'arbre public le plus proche étant éloigné de plusieurs centaines de mètres au bas mot. Il y en a dans les patios, mais on ne les voit pas de la rue, dans la plupart des cas.

mariposa-camuflada.JPGLa feuille morte, c'était elle (ah, oui, papillon, c'est masculin en français, mais féminin en espagnol): de toute évidence pas très en forme, les ailes vrombissantes, mais sans parvenir à voler autrement qu'en vrille sur quelques centimètres. Comment est-elle arrivée dans cet univers minéral, alors qu'elle porte les marques du camouflage dans la végétation? Probablement portée par une bourrasque de pluie...

En attendant, je l'ai accueillie pour la soirée (recueillie serait inapproprié, je suis pessimiste sur son espérance de vie), et je me demande bien que lui proposer à dîner. Je n'y connais pas grand chose en papillons européens et rien du tout en papillons colombiens. (Une rapide recherche m'a quand même permis d'identifier un xylophanes chiron mais ça ne me dit pas ce que ça mange; euh si. Nocturne, pollinisateur.) Dans le doute, je lui ai mis à disposition ce que j'ai: un peu de jus de granadilla obtenu en écrasant la chair de quelques grains (je vais ranger l'assiette). Si elle mange autre chose, elle est fichue (elle est fichue). En attendant, rassurée peut-être d'avoir trouvé un peu de vert sur quoi se poser, ou tout simplement à l'agonie, elle n'a plus bougé de mon blouson.

C'est bien triste tout ça. Ca me rappelle l'un de mes récents interlocuteurs qui me proposait de traiter le thème suivant: 'La nature a-t-elle sa place à Bogota?' Eh bien, comme les chouettes dans les stades de foot on dirait: à coups de pompe.