La biodiversité est-elle un bon indicateur écologique?

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Une enquête récemment publiée dans la revue de géographie franco-brésilienne Confins interroge le rapport entre écotourisme et biodiversité aviaire. Et soulève une question intellectuellement extrêmement gênante.

Je n'ai pas pris le temps de vous parler de ce que j'étudiais ce semestre et c'est bien dommage. Mais le cours d'hier (Echelles et environnement, par Hervé Régnauld) traite d'oiseaux, de biodiversité et d'écotourisme, le tout dans un pays ibéroaméricain, et ça mérite bien qu'on en parle.

Il y a deux ans, le laboratoire de recherches Costel a pu financer une étude au Brésil, étude qui a associé des étudiants de L3, M1 et M2. Inutile de dire que je suis extrêmement envieuse.

Tout ce monde est donc parti un mois observer avec ce thème de réflexion: Ecotourisme et 'hot spots' de biodiversité: quelles relations spatiales? Ceci se fondant sur le postulat qu'on trouve des écotouristes là où on trouve des espèces à observer en quantité. Pour des raisons exposées dans l'article, l'observation a porté sur les oiseaux (rien à voir avec le fait qu'Hervé Régnauld soit adhérent de la LPO, c'est juste que les dendrobates, c'est plus difficile à observer).

Et les conclusions de ces multiples observations amènent au résultat suivant: la forêt amazonienne, c'est globalement homogène et les ressources (espèces floristiques notamment) se retrouvent un peu partout. On n'a donc quantitativement pas autant d'espèces d'oiseaux sur une zone donnée que sur une autre zone, plus variée celle-là en végétation. Comme pourrait l'être un espace, non pas de forêt naturelle, mais aménagé... Et là, on commence à grincer des dents.

Les fazenderos considèrent la forêt comme un espace vide; une réserve de bois inexploitée alors que des populations ont besoin de bois. En outre, lorsqu'ils déboisent 100.000 ha mais qu'il aménagent 10 ou 15 ha proches de la fazenda en jardin luxuriant, les espèces aviaires abondent: on observe davantage d'espèces différentes - et, partant, davantage de biodiversité aviaire - sur ces 10 ha que ce qu'on pouvait voir dans la forêt avant arrachage... L'argument 'le déboisement est bon pour la biodiversité s'il est bien géré' a donc l'air de se tenir.

A ce stade, tout le monde déprime et depuis hier, on cherche la faille dans le raisonnement. Avec un raisonnement par l'absurde pour se remonter le moral: les 'hot spots' de biodiversité les plus hots, ce sont les zoos et les jardins botaniques. La biodiversité n'est-elle pas un indicateur inadapté s'il est utilisé seul?

NB. Le zozio en photo n'est pas du tout brésilien mais 1) il est américain et exotique, puisque costaricain; et 2) la photo, c'est moi qui l'ai faite. Dans un de ces lodges censément écotouristiques, mais on y traite les eaux sales et on n'y nourrit pas la faune sauvage. Par contre, la communauté locale ne s'en voit pas tout entière avantagée.