Equateur: comme président ou comme cadavre

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Un événement bizarre a eu lieu en Equateur hier. Un peu difficile de s'y retrouver ce matin, mais les faits devraient se décanter dans la journée. En tout cas, ça va être grand ménage.

Tout serait parti d'une Loi dite de Service Public, approuvée hier par l'Assemblée Nationale, et qui réduit les bonifications et les primes d'ancienneté des policiers. Lesquels se sont soulevés; et alors que Correa se rendait dans une des casernes en signe d'ouverture, auraient attaqué aux gaz lacrymogènes. Dans la grande tradition des présidents de gauche face aux uniformes, Correa a lancé ce qui aurait pu passer à la postérité comme ses derniers mots: 'Messieurs, si vous voulez tuer le président, il est là; tuez-moi si vous en avez envie.'

Et là-dessus, avec son équipe, dont le vice-président et le ministre des Affaires Etrangères, il a clopiné jusqu'à un hôpital policier (il a récemment été opéré d'un genou), dans lequel ils ont été bloqués près de 10 heures avant d'être évacués par un commando militaire d'élite. Au cours des 10 heures d'affrontement, une autre phrase historique (zut, encore raté): 'Je sortirai d'ici comme président ou comme cadavre' (et ses variantes, on ne sait lesquelles sont apocryphes).

La crise s'est répercutée dans tout le pays. A Guayaquil, centre économique du pays, les unités de police ont refusé de travailler, les transports publics ont été interrompus et les écoles fermées. L'état d'exception a été décrété.

Mort croisée

Il s'offre maintenant au président Rafael Correa une possibilité constitutionnelle dite de la Mort Croisée. Avouez que ça en jette. La Mort Croisée permet au président de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections générales anticipées. En outre, jusqu'à l'élection de la nouvelle Assemblée, le pays reste en état d'exception. Cette disposition pourrait permettre à Correa de faire passer quelques lois auxquelles l'opposition populaire est forte.

C'est pourquoi certains se demandent déjà si on n'a pas affaire à un auto-coup d'Etat à la Fujimori, plutôt qu'à une tentative de coup d'Etat lancée par l'opposition et en particulier Lucio Gutiérrez, ancien président déposé, et avant ça ancien militaire putchiste, comme le dénonce Rafael Correa, qui ne se sent pas l'âme d'un Mel Zelaya.

Et à part ça, il y a toujours beaucoup de pétrole par là.