Le bon sauvage, pas toujours en phase avec la mère nature

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Si l'imagerie du 'bon sauvage' de Rousseau est toujours prégnante dans les esprits occidentaux, et si certaines nations indiennes en font des tonnes sur l'harmonie entre les Indiens et la nature, il y a des jours où l'on constate qu'il y aurait deux-trois choses à redire sur cette conception.

Deux exemples, un qui me travaille depuis longtemps: les Indiens Kuna du Panama, et un point très court sur l'Amazonie bolivienne, actualité brûlante.

La population Kuna du Panama compte environ 35.000 personnes réparties en une cinquantaine de communautés, situées pour l'essentiel sur les îles coralliennes de San Blas, et pour quelques-unes sur la frange atlantique du Panama.

Contrairement à de nombreuses communautés, les Kunas ont eu la chance de voir leurs droits reconnus dès 1938 sur leur territoire. En 1953, celui-ci devient une réserve régie par les coutumes tribales et le système politique propre aux Kunas (je n'ai pas approfondi la question).

Mais la vie traditionnelle de cette ethnie est menacée (je vous la fais courte parce que ça vaut sensiblement pour tous les peuples originels encore existants), en vrac, par le réchauffement climatique qui tue les coraux et fait monter les eaux, et par la pollution générée par les bateaux qui croisent au large des côtes et des îles. Et c'est bien triste tout ça.

Toute la population îlienne, soit près de 32.000 personnes, devra donc abandonner ses villages, devenant de ce fait la première population contrainte à un exil climatique reconnu comme tel (et les Maldiviens sont coiffés au poteau, avec la construction de Hulhumalé, une île artificielle plus haute sur l'eau). Ce n'est pas encore pour tout de suite: on doit déterminer les 2 villages qui auront le bonheur de porter le projet pilote d'exode, de façon à concevoir un plan global qui permettra de mettre toute la population à l'abri d'ici 5 ans.

Si cette situation est regrettable, il faut signaler au passage que les ilots coralliens sont généralement protégés par des barrières de corail, comme leur nom l'indique, lesquelles sont gravement mises en danger par une habitude toute traditionnelle: prélever le corail pour servir de remblais, et ce encore aujourd'hui dans un grand nombre de ces communautés, d'après le biologiste Héctor Guzmán, de l'Institut Smithsonian de Recherches Tropicales (STRI). Toutes causes confondues, la mort des récifs est nette: 60% d'entre eux étaient formés de coraux vivants en 1973, le chiffre tombe à 20% en 2001. Et en 2010?...

Accessoirement, ce n'est qu'en 2008 que le Conseil Général Kuna a décrété un moratoire sur la chasse à la tortue, mais a priori cela n'a pas d'effet sur la montée des eaux. Là encore, on ne peut pas leur en vouloir de chercher à couvrir leurs besoins immédiats, mais il va falloir faire une croix sur l'hagiographie officielle.

Télescopage de l'information: nous arrive de Bolivie l'annonce de l'état d'urgence dans les départements amazoniques. Les gentils locaux ont allumé des feux pour défricher - il faut bien manger... - et pas de chance, comme c'est très sec et qu'il y a du vent, on en est à un million et demi d'hectares brûlés (ça va faire du beau champ) et ça continue. Le record de 2004 est en vue. On prie pour la pluie, et on demande de l'aide aux voisins qui ont des bombardiers d'eau. Et pendant ce temps-là, je me dis que j'ai dû rater un truc sur la Pachamama.

A lire sur les Kunas: La mala conciencia de los indios kuna, de Piedad Martín;  Indígenas panameños preparan su éxodo debido al hundimiento de las islas donde habitan et Tormentas e inundaciones afectarán a los indios. Llegó la hora de cambiar