Melilla sous blocus

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La Ville Autonome espagnole de Melilla, au Maroc, connaît depuis ce matin un nouveau blocus. Les relations hispano-marocaines se tendent, les Rois sont mobilisés, mais pour le moment le motif profond de ce coup de sang n'est pas clair.

Melilla.pngLa place forte de Melilla tombe dans l'escarcelle espagnole en 1497, lorsqu'elle est conquise par le Duc de Medina Sidonia à la demande royale; elle est incorporée de plein droit à la Couronne en 1556. Ceuta, autre place forte, a elle été prise par les Portugais en 1417; elle sera rattachée à la couronne d'Espagne en 1580.

C'est le sultan Muley Ismail (1672-1727) qui revendique le premier les deux places. L'Espagne ne les rend pas. Et depuis, ça continue: le Maroc veut les récupérer, et l'Espagne répond que non, parce que 1) d'abord c'est rempli d'Espagnols (30.000) et 2) ils étaient là avant, enfin le Maroc n'existait pas comme tel quand les places ont été conquises, mais ce ne sont pas non plus des colonies et donc le texte de l'ONU ne s'applique pas, alors que les Britanniques devraient rendre Gibraltar, par contre, mais c'est un autre sujet. Ça dure, donc, avec un renforcement depuis l'indépendance du Maroc en 1956.

Périodiquement, il y a donc des tensions à l'entrée des villes, étroitement surveillées pour éviter l'immigration illégale, mais assez ouvertes tout de même pour permettre le commerce. Allez donc voir le reportage de France 24 sur les femmes-mules de Ceuta. Certaines tensions sont provoquées avec l'objectif précis de négocier sur d'autres points: un simple moyen de pression donc. Ainsi, les déferlements de Subsahariens tentant de passer les hauts grillages, en 2005, semblent bien corrélés avec une moindre attention de la police marocaine, alors que des négociations commerciales étaient en cours.

Cet été, la pression monte à nouveau. Les motifs avancés côté marocain (mauvais traitements sur leurs ressortissants, abandon de clandestins en mer: voir l'historique) sont pour ainsi dire 'classiques' et ce qui surprend les observateurs, c'est que le roi Mohamed VI soit intervenu dans l'affaire. Moi, ce qui me surprend, c'est que les Marocains accusent les gardes-côtes espagnols d'avoir abandonné des personnes en danger sur une embarcation, alors que les reconduites à la frontière algérienne avec abandon dans le désert local sont une technique éprouvée, mais je m'étonne encore de beaucoup de choses.

Quoi qu'il en soit, la tendance est au blocus. Le Comité National pour la Libération de Ceuta et Melilla en a mené un à bien la semaine dernière, vidant les marchés des produits frais. Aujourd'hui commence un nouveau blocus: plus de matériaux de construction pour 15 jours, pas d'employés marocains (apparemment, surtout des employées marocaines - quelqu'un leur a demandé leur avis, à elles?) aujourd'hui, plus de poissons, de fruits ni de légumes demain.

Le gouvernement autonome de Melilla, du Parti Populaire (conservateur), rejoint l'UGT, syndicat de gauche, pour dénoncer l'activisme de 'quatre pantins qu'on a payés'. Et les photomontages infâmants utilisant l'image de policiers - et surtout de policières, tiens donc - espagnols échauffent les esprits.

Source carte: Wikimedia Commons

19/08 Le 'blocus' a été levé dès le premier soir. Plus question de suite au mouvement, et les principaux organisateurs ont disparu de la circulation. La version officielle? Donner une chance au dialogue et à la diplomatie. En off, un des animateurs dit avoir bien joué.