Quand remplacement rime avec énervement

Catégorie:

Tags:

Dans sa grande générosité, mon université m'a accordé LE congé de formation professionnelle remplacé budgété annuellement. Une plutôt bonne nouvelle. Ce qui serait énervant, en revanche, ce sont les conditions à remplir pour mon remplacement.

Je suis PRAG, c'est-à-dire professeur agrégé, détaché du secondaire dans le supérieur. Un statut pourtant courant et bien utile aux universités, puisque le Prag doit assurer 384h annuelles d'enseignement et pas de recherche pour le salaire d'un maître de conf, qui consacre la moitié de son temps à la recherche et donc 192h à l'enseignement. Dans une logique de gestionnaire, un prag, c'est plus rentable (en plus ça rime presque).

En qualité de PRAG, je dois être remplacée selon les modalités définies dans le décret 81-535 du 12 mai 1981 (version consolidée) et précisées dans la note de service 82-537 du 19/08/1982, relative aux professeurs contractuels.

Les conditions sont drastiques mais inégalement prises en compte. Ainsi, la toute première d'entre elle: être de bonne moralité. J'en ai demandé à nos services la définition selon l'Education Nationale et j'attends toujours la réponse.

Mais ce qui compte vraiment, c'est d'avoir plus de 35 ans. Je ne sais pas pourquoi en bientôt 30 ans personne n'a envisagé qu'une évolution pouvait être nécessaire. Je ne comprends surtout pas en vertu de quoi ce poste, que j'assume comme titulaire depuis l'âge de 24 ans, ne peut être couvert par un contractuel que s'il a plus de 35 ans. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas là un élément de discrimination contestable devant la Halde, mais je manque de temps, j'ai de la bibliographie sur le feu.

Donc, nous cherchons quelqu'un qui remplisse pour l'essentiel 2 conditions: plus de 35 ans, et une maîtrise. Je ne saurai dire si ladite maîtrise doit avoir un rapport avec le domaine d'enseignement. Voilà qui donne une assez bonne idée de la valeur qui est accordée à votre travail: n'importe qui ou presque peut vous remplacer, pourvu bien sûr - car c'est là le fond du problème - qu'il ne coûte pas trop cher.

Nous avons en effet ici un pool de jeunes professeurs d'espagnol, agrégées, en cours de thèse ou l'ayant terminée, qui se voient barrer l'accès à ce remplacement d'un an en université: elles n'ont pas l'âge minimum requis (et pour ma part, je ne suis sauvée que depuis 5 mois, ouf, j'ai atteint la maturité administrative!!). Au passage, Corneille et la valeur qui n'attend pas le nombre des années est à l'Education Nationale ce que la Princesse de Clèves est au président, de toute évidence. Mes collègues iront donc mettre leurs talents en pratique dans des établissements du secondaire de région parisienne ou de l'académie d'Amiens, en toute bonne logique anti-économique; quant à nous, nous tâcherons de trouver quelqu'un qui dépasse un peu les conditions de base. Juste pour mon moral...