Zapatero nouveau théologien de la Libération

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Le président Zapatero, invité au petit-déjeuner national de prière (les Etats-Uniens ont de ces trucs...) a surpris par le choix du texte biblique qu'il devait lire. El Mundo, pas franchement fan du président, souligne tout de même son habileté en la matière.

Zapatero a jeté son dévolu sur deux versets du Deutéronome, un des livres de l'Ancien Testament, donc pas exclusivement chrétien puisqu'il s'agit d'un des livres sacrés du judaïsme.

Ces versets (14-15) font référence au travailleur journalier (la traduction française parle de mercenaire, dont le sens courant est extrêment négatif, alors que le sens premier est simplement de 'celui qui travaille pour un salaire'...): 'Tu n’opprimeras point le mercenaire, pauvre et indigent, qu’il soit l’un de tes frères, ou l’un des étrangers demeurant dans ton pays, dans tes portes.Tu lui donneras le salaire de sa journée avant le coucher du soleil ; car il est pauvre, et il lui tarde de le recevoir. Sans cela, il crierait à l’Éternel contre toi...'

Dans un contexte d'exploitation des travailleurs en général et des étrangers en particulier, c'est assez somptueux. J'ai hâte de voir la réaction de l'Eglise catholique espagnole, qui utilise les larges financements de l'Etat pour faire campagne contre le gouvernement.

Ces versets rejoignent également, nous explique José Manuel Vidal, 'l'option préférentielle pour les pauvres' mise en avant par la Théologie de la Libération, un courant de pensée essentiellement latinoaméricain largement réprimé par le Vatican (si vous cliquez sur le lien, une petite traduction: la 'Congrégation pour la Doctrine de la Foi', présidée de 1981 à 1995 par le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, s'appelait historiquement la Sainte Inquisition).

Dieu aime tous ses enfants et particulièrement les plus faibles, ceux qui ont le plus besoin d'aide, rappelle entre autres la Théologie de la Libération. Pas de ça Lisette, dit-on au Vatican: sur le papier c'est bien joli, mais il était tout de même autrement plus... intéressant? stratégique? rentable? (rayez la mention inutile) de soutenir les oligarchies et les dictateurs latinoaméricains plutôt que les populations opprimées. C'est un calcul comme un autre; les Eglises évangéliques qui se sont consacrées à faire payer les pauvres ont l'air de s'y retrouver financièrement, elles aussi. Bien sûr ils sont pauvres, mais ils sont plus nombreux!

Et juste pour rire: Zapatero a fait son intervention en espagnol, 'la première langue utilisée pour prier Dieu sur ce continent'. Cette bonne blague. C'est sûr que ça le fait moins de reconnaître qu'on ne parle pas anglais, même si tout le monde a eu l'occasion de s'en rendre compte au sommet de Davos, où il a fallu d'urgence lui trouver un interprète. En même temps, comme ça, il évite le ridicule de dire 'sorry for the time' quand il pleut.