A Vic (Catalogne), on ne veut plus de sans-papiers

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Cette ville  catalane a décidé de refuser désormais aux sans-papiers l'inscription sur les registres municipaux, le padrón, qui donne accès à certains droits, comme la santé et l'éducation. En allant clairement contre la loi de 1995 et la norme de 1997 qui prévoient expressément ce droit.

A Vic, 65 km au nord de Barcelone, la population immigrée atteint 25%. Dont 23% de personnes en situation irrégulière et... 2% de sans-papiers.

Les dépenses que font peser sur la ville ces 2% d'habitants ne doivent pas être excessives. Pourtant, la coalition municipale (Convergencia i Unio, parti nationaliste de centre droit; le Parti Socialiste Catalan et Esquerra Republicana de Catalunya, parti de gauche indépendantiste) a décidé de retirer à ces gens le droit de s'inscrire sur les registres municipaux, et donc de bénéficier de la moindre aide ou du moindre service payé par la ville.

Il faut reconnaître que la législation espagnole est curieuse (qui a dit hypocrite??!): les étrangers en situation irrégulière doivent être reconduits dans leurs pays, mais tout habitant d'une ville peut et doit s'inscrire au recensement municipal. Point positif: ça permet d'avoir une idée assez précise du nombre de 'clandestins' présents sur le territoire!

Seulement voilà, la politique c'est aussi les élections... et le parti d'extrême-droite Plataforma x Cataluña (Lire: plateforme pour la Catalogne) croît et s'étend. De 3 conseillers municipaux, il est passé à 17 sur l'ensemble des villes de la Communauté Autonome. La coalition municipale de Vic a donc apparemment décidé de couper l'herbe sous le pied de ce parti en mettant en oeuvre ses idées... un comportement politique finalement assez répandu. Mais qui, sur ce thème particulièrement, est malvenu de la part de deux partis étiquetés à gauche.

Cette initiative a provoqué un émoi certain dans la société catalane et plus largement espagnole; elle sert aussi de prétexte à une nouvelle passe d'armes entre le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, au pouvoir) et le PP (Parti Populaire, opposition). Le conseil municipal de Vic, pour sa part, a sollicité un rapport juridique qui lui confirme la possibilité revendiquée de ne plus recenser les sans-papiers.

Quant à Plataforma x Cataluña, elle dénonce une mesure insuffisante et ressort la ritournelle périodique 'aquí no cabemos todos', il n'y a pas de place pour tout le monde ici.

Courrier International reprend un article d'opinion publié dans El País.