Le peuple uruguayen maintient la loi d'amnistie

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Dimanche 25 octobre, les 2.6 millions d'électeurs uruguayens devaient désigner leur président, leurs députés et leurs sénateurs, et donner leur avis sur le vote par correspondance et l'annulation de la loi d'amnistie qui protège les bourreaux de la dictature (1973-85). Pour la présidentielle, il y aura un deuxième tour; quant aux référendums, la réponse est non.

L'Uruguay n'en a pas encore fini avec son passé. C'est ce que semble indiquer le résultat du référendum portant sur l'annulation de la Ley de Caducidad, la loi qui amnistie de fait les crimes de la dictature: seuls 47,36% des électeurs ont voté pour que les atteintes aux droits de l'homme commises par des militaires puissent être jugées. La Ley de Caducidad avait été adoptée en 1986, puis ratifiée par un référendum populaire en 1989. Elle oblige le pouvoir judiciaire à obtenir l'accord de l'exécutif avant d'instruire une enquête. Aucune n'a été autorisée avant l'élection en 2005 du premier président de gauche, Tabaré Vázquez. Quelques condamnations ont été prononcées contre d'ex-soldats, et l'un des anciens dictateurs, Gregorio Álvarez, a été condamné à 25 ans de prison, trois jours avant le référendum. Une sentence qui, analyse le politologue Jaime Yaffe cité par Cyberpresse.ca, a peut-être rendu inutile, aux yeux de la population, le vote sur l'annulation de la loi.

La situation est quand même un peu complexe, puisque la Ley de Caducidad a déjà été déclarée inconstitutionnelle par la Cour Suprême la semaine suivant le scrutin. Le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif en avait fait de même auparavant. Inconstitutionnelle donc, mais toujours en vigueur puisque les électeurs en ont voulu ainsi.

47% et demi, c'est aussi le score atteint par le candidat de la coalition de gauche, José 'Pepe' Mujica, 74 ans aux prunes et un passé d'ancien guérillero au sein des Tupamaros, cette guérilla essentiellement urbaine né au début des années 60, et dont le développement n'est pas sans lien avec l'auto-coup d'Etat du président Juan María Bordaberry qui a instauré la dictature en 1973. Comme d'autres leaders tupamaros, Mujica a passé la durée de la dictature comme otage (pour dissuader la guérilla d'agir) dans des conditions de torture physique et psychologique permanentes. Après le retour à l'Etat de droit, il a contribué à intégrer son mouvement dans un processus politique.

Le second tour aura lieu le 29 novembre. Le Partido Colorado et le Partido Blanco s'uniront certainement, comme en d'autres occasions, pour faire barrage au Frente Amplio, la coalition de gauche. BBC Mundo revenait, avant le premier tour, sur les idées de chacun des candidats.