Fin de partie au Honduras

Catégorie:

Le secteur des affaires est en train de siffler la fin de la partie au Honduras. Depuis le retour de Zelaya le 21 septembre, la tension monte et les médias mondiaux se font l'écho de la crise. Nul ne peut plus ignorer que quelque chose de curieux arrive dans ce pays, et c'est mauvais pour l'image de marque et le négoce. Même l'Etat-major de l'armée revoit son soutien à Roberto Micheletti!

L'intervention de Zelaya lors de l'Assemblée Générale de l'ONU - par le truchement d'un téléphone portable tenu devant le micro par une ministre restée fidèle - a, dit-on, ému les diplomates présents. L'image en tout cas était saisissante, le discours d'appel à l'aide, inquiétant. Même si on peut affirmer sans grand risque d'erreur que la vérité vraie n'est l'apanage d'aucun des deux camps, l'idée d'un président enfermé dans une ambassade étrangère, dans sa propre capitale, a frappé les esprits. Personne n'a pu vérifier les assertions d'utilisation de gaz toxique contre les occupants de l'ambassade, le cordon militaire autour du lieu ('pour protéger l'ambassade', a affirmé sans rire Micheletti) empêchant l'approche, mais un photographe de l'AFP indique avoir vu dans la cour des gens qui vomissaient du sang.

Micheletti semble avoir du mal à se contrôler dès que Zelaya met un pied sur le territoire hondurien (même si d'un point de vue juridique, l'ambassade du Brésil ne l'est pas), et quand il s'énerve il lance des menaces fort discourtoises et très peu diplomatiques. En l'occurrence, sommer le Brésil de définir le statut de Zelaya sous huit jours, faute de quoi l'ambassade sera considérée comme résidence privée et la force publique y pénétrera pour arrêter Zelaya, c'était malhabile. D'abord ça a énervé Lula, qui a rappelé à Micheletti sa condition de putchiste, et toc. Et puis ça fait mauvais genre, dans les salons feutrés auxquels Micheletti aspire (déjà qu'il n'a plus le droit d'entrer aux Etats-Unis...). Alors ils se sont repris: 'par courtoisie', l'ambassade ne sera pas violée, mais ce ne sera plus une ambassade.

C'est comme affirmer qu'on veut rétablir la normalité, et arrêter à l'aéroport les représentants de l'OEA et le personnel diplomatique espagnol avant de les recoller dans le premier avion: ça fait désordre.

Et surtout, décréter un état de siège de 45 jours qui suspend la liberté de circulation et la liberté d'expression, en pleine campagne électorale pour les présidentielles, ça choque les démocrates. Depuis quelques jours, même les candidats à la présidentielle s'en émeuvent. Il faut dire que la perspective de gagner une élection qui ne serait reconnue par personne ne doit pas les motiver. Du coup Micheletti a accepté de revoir sa copie de décret.

En fin de compte, ce sont peut-être bien les agents économiques qui vont ramener Zelaya sur le fauteuil présidentiel. Un 'groupe d'influents chefs d'entreprises' (selon les terme de El Nuevo Diario du Nicaragua) propose le rétablissement de ce chef d'Etat honni, avec des pouvoirs restreints cependant, et une force militaire internationale d'interposition. Micheletti regagnerait le Congrès comme simple député (et non plus président de l'Assemblée) mais pour le remercier de ses bons et loyaux services, on lui inventerait une responsabilité politique à vie, une situation qui n'existe actuellement pas au Honduras mais qui n'est pas interdite par la très longue Constitution. Et puis, si on a besoin d'un modèle, on pourra toujours aller le chercher au Chili: c'est ce que Pinochet s'était réservé, un poste de sénateur à vie. Bon il faut accepter de faire une croix sur son image, et comme jusque là Micheletti s'est érigé en fier garant de la Constitution... en même temps personne n'y croyait.

Dernier acteur dans la bataille: l'Etat-major. On se souvient que le général Vásquez avait été destitué par Zelaya, et que c'était de là que tout était parti. Résinstallé dans ses fonctions par le gouvernement de fait, Vásquez, sentant sans doute tourner le vent, applique désormais la maxime 'courage, fuyons' et se multiplie dans les médias pour faire savoir que l'armée n'est en rien responsable de l'arrestation de Zelaya dans son palais présidentiel. Ni des décisions qui ont suivi. Puisque l'armée obéit, la question qui va fatalement se poser est: pourquoi avoir obéi à Micheletti plutôt qu'à Zelaya... j'ai hâte de connaître sa réponse.