Vous vouliez du pain? Vous aurez des jeux.

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La présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner vient d'annoncer un accord avec l'Association de Football Argentine (AFA) pour les dix prochaines années. Les matchs de première division seront retransmis sur les chaînes gratuites, et non plus câblées et payantes. Un succès de communication: tous les médias francophones en parlent! Et l'article de RFI est très bien, la preuve: son auteur a eu la même idée que moi pour son titre.

Une sorte de coup double pour la présidente: elle sauve la saison de football, bien mal engagée en raison du surendettement de nombreux clubs (je vous laisse vous référer aux nombreux articles de la presse spécialisée, par exemple L'Equipe), et elle socialise les matchs ainsi plus facilement accessibles à une population qui ne s'est pas encore relevée de la crise économique de 2001.

L'Etat offre ainsi chaque année l'équivalent de 110 millions d'euros à l'AFA (le double de ce que lui rapportait la vente des droits à Televisión Satelital Codificada du groupe privé Torneos y Competencias, avec lequel l'AFA avait un contrat jusqu'en 2014), et récupérera la moitié des bénéfices générés (euh?), ce qui devrait couvrir sa mise de fond (re-euh?).

Bon, l'important, alors que la tension avec le secteur agraire est repartie à la hausse (la présidente a annoncé le maintien des taxes à l'exportation qui ont valu l'an dernier plusieurs mois de blocages des campagnes et du ravitaillement de certaines ville), et que les élections perdues en juin vont faire tomber le Congrès dans l'opposition en décembre, c'est que la présidente soit populaire.

Et ça, c'est un truc qui m'épatera toujours. Le général Perón, avant les élections, équipait des quartiers entiers de réfrigérateurs ou de coffre-forts (j'en ai vu un: belle bête! Mais alors, à quoi ça pouvait bien servir dans un quartier populaire??!!!). Kirchner (Monsieur) avait opté pour les aspirateurs dans les bidonvilles. Mais là, on est passés à l'artillerie lourde! Et le discours de Cristina! Sur le thème 'les droits du foot étaient pris en otage, comme ont été pris en otage 30 000 Argentins'. Il fallait oser comparer les buts du foot contemporains aux disparus de la dictature. Eh bien elle ose, Cristina. Partant sans doute du principe que plus c'est gros et plus ça passe.

Ca coincera quand même probablement du côté de Clarín, premier quotidien du pays et même premier journal hispanophone du monde il y a quelques années. Il se trouve que le groupe Clarin est propriétaire de TSC, qui se voit donc lésé par la 'nationalisation' des droits du foot. (L'article sur le sujet souligne le caractère malheureux de la comparaison dont je parlais plus haut.)