Honduras: bienvenue dans l'aire de jeu

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A l'ouest rien de nouveau: les 'négociations' entre le clan du président de fait et celle du président de droit sont dans l'impasse. Et l'on sent bien que le Honduras est en train de se convertir en terrain d'autres batailles.

A mon sens, la plus importante se joue entre les membres de l'ALBA d'un côté et les Etats-Unis de l'autre. Chávez (Venezuela) et Ortega (Nicaragua) avaient dégainés les premiers, Chávez en envoyant un avion pour apporter les urnes nécessaires au scrutin du 28 juin, Ortega en menaçant le nouveau pouvoir d'envoyer l'armée nicaraguayenne réinstaller Zelaya. Au passage, El País publie aujourd'hui un portrait du dirigeant sandiniste, révélant un homme plus pragmatique que ne le laissent entendre ses tirades enflammées destinées au public international.

En 'face', puisque la thèse internationalement défendue par l'ALBA est que le président Obama s'est fait doubler par le Département d'Etat qui aurait cautionné la destitution du président Zelaya, en face donc, Hillary Clinton a appelé Chávez à rester plutôt jouer dans sa cour, ce qui en termes diplomatiques se dit 'appeler les autres pays à jouer un rôle positif dans l'objectif de la restauration de l'ordre démocratique et constitutionnel', avec un message plus personnel: une mise en garde contre toute action qui pourrait conduire à la violence. Chávez a en effet mutilplié les déclarations martiales ces derniers jours, insistant sur le nécessaire retour de Zelaya au pouvoir et les moyens concrets pour parvenir à cette fin.

Il y a déjà un perdant avéré du match qui se joue au Honduras: le Chilien José Miguel Insulza, secrétaire général de l'Organisation des Etats Américains depuis 2005, et qui se serait volontiers succédé à lui-même. Mais suite à sa tentative de médiation restée sans résultat, les Etats-Unis ont déclaré qu'ils ne soutiendraient pas cette fois sa candidature, contrairement à 2005. (En résumé et pas très politiquement correct, les moyens de pression d'Insulza restant limités, une fois les 200 millions de dollars d'aide internationale bloqués sans que le gouvernement de fait ne semble s'en émouvoir, ses appels tournaient un peu à 'je vous préviens, je vous aurais prévenus. Si ça continue, il faudra que ça cesse...)

Et l'actuel médiateur, le président du Costa Rica et prix Nobel de la Paix Oscar Arias, n'est pas en très bonne situation non plus. Il n'a rien à perdre en termes de poste, mais bien en prestige: il a beau inviter et réinviter les délégations honduriennes à dialoguer, les positions sont impossibles à rapprocher, et les propositions d'Arias lui-même sont rejetées dès qu'elles sont énoncées. Pour Zelaya, pas question d'un gouvernement d'union nationale qui récompenserait les putchistes; pour Micheletti et les siens (les 'gorilettis' selon le terme d'Hugo Chávez), hors de question que Zelaya retrouve le pouvoir, ni mème qu'il rentre au pays sans avoir renoncé auparavant à son poste.

Au milieu de tout ce beau monde, 7 millions de Honduriens, dont 80% de pauvres, qui cherchent surtout à survivre. Eux vont ressentir les effets du blocage des aides internationales, et le ralentissement de l'économie (on estime que le pays a perdu, en 3 semaines, 180 millions de dollars), comme ils subissent le couvre-feu quasi ininterrompu depuis el coup d'Etat.