Au Mexique, être pauvre ne protège plus des enlèvements

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La pratique de l'enlèvement comme ressource économique est bien connue dans certains pays d'Amérique Latine, notamment au Mexique. Selon le type de 'client', les sommes exigées sont très élevées ou au contraire suffisamment faibles pour que les classes moyennes puissent les payer. BBC Mundo révèle un autre type d'enlèvement, sans demande de rançon: celui de migrants centraméricains réduits à l'esclavage.

Le Mexique détient le triste record des enlèvements (appelés secuestros ou plagios), particulièrement dans ses modalités d'enlèvement 'express' (quelques heures, voire moins: le temps d'obtenir une rançon équivalant à quelques centaines ou milliers d'euros) et d'enlèvement virtuel (vous appelez un membre de la famille, en lui donnant suffisamment d'informations pour qu'il croie l'enlèvement effectif et qu'il paye. Facebook est très utile pour trouver ce genre de renseignements). Il a même détrôné la Colombie, longtemps bon premier pour le continent, et où avaient fleuri des sites de conseils sur le sujet, et des agences privées spécialistes de la négociation avec les preneurs d'otages ou la recherche des kidnappés.

Une étude du Centre d'Etudes Sociales et d'Opinion Publique de la Chambre des Députés mexicaine (reprenez votre souffle) estime à 18 les enlèvements quotidiens, dont deux seulement feraient l'objet d'une plainte. Ce qui s'explique facilement: trop content d'avoir sauvé sa peau, voire tous ses doigts et ses deux oreilles, l'ex-otage préfère passer à autre chose; et puis se faire remarquer de la police n'est pas toujours bon. Et ne débouchera sur l'arrestation des coupables que dans des proportions infinitésimales: en partie parce que les recherches seraient coûteuses et/ou risquées, en partie parce que les forces de l'ordre sont gangrénées par la corruption quand elles ne participent pas elles-mêmes aux rapts et autres activités délictueuses.

La BBC rapporte donc que des groupes se consacrent en partie à enlever des migrants dans les trains qui traversent le Mexique vers la frontière avec les Etats-Unis. D'après celles de leurs victimes qui ont pu témoigner, il s'agirait de cartels de la drogue, comme les redoutés Zetas, ou de maras. Un rapport de la Commission Nationale des Droits de l'Homme signale près de 54 kidnappés chaque jour, la plupart d'entre eux originaires du Honduras, et contraints ensuite de travailler, de se prostituer, etc. Une rançon peut également être demandée à leur famille.

Quelques jours auparavant, était dévoilée la probable implication d'un fonctionnaire chargé de la protection des migrants, en l'occurrence le représentant de l'Institut National de la Migration pour le Yucatán. C'était notre rubrique: tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.