Pérou: suspension de la Loi de la Jungle pour 90 jours

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Depuis deux mois, les Indiens d'Amazonie se battent littéralement contre un décret législatif qui met en danger leurs terres ancestrales. Le Congrès vient de suspendre le décret litigieux, mais la question de fond n'est pas résolue. Le leader indien, Alberto Pizango, a obtenu l'asile politique du Nicaragua.

Il a fallu la prise d'otage d'une trentaine de policiers et la mort de 22 d'entre eux dans des heurts avec les Indiens pour que le Congrès recule. Les combats ont fait officiellement 32 victimes, mais le nombre des morts indiens est apparemment sous-estimé.

La Ley de la Selva (littéralement la Loi de la Jungle), encore appelée Décret Forestier, de son vrai nom Décret 1090, vise à favoriser l'exploitation des ressources du pays. Ainsi, il exclut les ressources forestières du patrimoine du pays et 'élargit' la frontière agricole pour favoriser les cultures liées au biocarburant.

Les Indiens le contestent et exigent, conformément à la Constitution et la Convention nº 169 de l'OIT sur les peuples indigènes et tribaux signée par le Pérou en 1993, d'être consultés par référendum. Ils craignent d'être dépossédés de leurs terres et que leur cadre de vie ne soit définitivement bouleversé par l'exploitation. Ce qu'on ne peut leur reprocher, au vu des nombreux antécédents qui prennent rarement en compte la population et son environnement. Le journal espagnol El Mundo publie aujourd'hui une carte des contrats d'exploitation pétrolière fort édifiante.

Au demeurant, ce débat revient périodiquement sur le devant de la scène: le Décret forestier précédent, adopté en août 2008, avait été partiellement abrogé en septembre. Le scénario avait été identique: blocage de routes et manifestations des Indiens; heurts mortels avec les forces de l'ordre, recul partiel du Congrès. Et la question reviendra car ce décret fait partie d'un paquet qui doit mettre la législation péruvienne en conformité avec le traité de libre échange (TLC) signé avec les Etats-Unis et qui est entré en vigueur le 1er février 2009.

Cette fois-ci, les relations diplomatiques sont également affectées. Elles se sont tendues une fois de plus entre le président Alan García, plutôt de centre droit mais dont le parti, l'APRA, est membre de l'Internationale Socialiste, et Evo Morales. García reproche au dirigeant bolivien des 'messages incandescents' pour encourager les Indiens à résister et à 'construire la seconde et définitive indépendance' de l'Amérique.

Deux médias pour suivre ce sujet, avec des points de vue diamétralement opposés: El Nuevo Herald, version en espagnol du Miami Herald; et Telesur, le canal d'information bolivarien créé sous l'impulsion de Hugo Chávez.