Le lithium bolivien fait courir les industriels

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La voiture de demain sera propre ou ne sera pas. Et propre rime avec électrique (surtout, ne pas se poser la question de la production de l'électricité nécessaire pour recharger les batteries). Il faut donc du lithium, beaucoup de lithium. Et on n'en trouve pas partout: les plus grandes réserves seraient en Bolivie et au Tibet.

Autant dire que si l'on est pas un industriel chinois, on peut faire une croix sur le gisement tibétain. Et du coup, beaucoup de monde s'intéresse au Salar de Uyuni, le gros truc tout blanc sur la photo satellite. Pour l'instant, c'est juste une mer asséchée, un désert de sel de 12.500 km2... qui contiendrait, dans sa saumure, entre 40 et 70% des réserves mondiales exploitables.

De ce fait, le président bolivien Evo Morales a beaucoup d'amis parmi les constructeurs automobiles. Les derniers en date sont des Japonais, qui proposent l'exploitation conjointe du salar, avec transfert de technologie et construction d'infrastructures. Pour le coup, le pays du soleil levant se réveille un peu tard: avant lui sont passé le Français Bolloré, les Sud-Coréens de LG et même les Iraniens... en la personne du chargé d'affaires de l'ambassade. Dans tous les bons romans d'espionnage, le gars des services secrets, c'est le conseiller économique, mais aucun rapport, sauf si les Iraniens se sont inspirés de l'organisation du KGB.

Le président Morales a en tout cas posé ses conditions: pas question que des étrangers viennent s'emparer des richesses du pays comme au temps de la colonie. L'entreprise de traitement du lithium devra être 100% bolivienne, et la fabrication des batteries doit être envisagée sur place. C'est juste à 3.600 mètres d'altitude, donc très pratique et facilement réalisable. Mais s'il faut passer sous les fourches caudines de Morales pour mettre la main sur le pactole...

Libération évoque le projet dans un article, et indique que les locaux ont des doutes sur les bénéfices qu'ils pourront en tirer, et que les écologistes et le secteur touristique sont vent debout contre le projet qui va ouvrir le Salar (80.000 touristes par an, c'est peu mais c'est la seule richesse, surtout cette année où la sécheresse va mettre à mal l'agriculture vivrière) et défigurer ce lieu sauvage.

Affaire à suivre, sachant que les prochaines élections présidentielles sont en décembre 2009. Un ancien président comme Sánchez de Lozada n'aurait pas posé autant de conditions à ses amis investisseurs internationaux. Le choix du prochain président aura un impact certain sur les multinationales automobiles.