Lever le joug de Monsanto?

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Grande journée hier en Amérique du Sud. Alors que les récoltes s'achèvent, une instance consultative argentine et le président paraguayen mettent en question l'usage de pesticides, en particulier du glyphosate, élément actif du Round-Up mondialement vendu par Monsanto.

Du fait d'une sécheresse exceptionnelle qui touche aussi le sud du Brésil, les récoltes de soja ont été mauvaises en Argentine cette année. C'est le moment que choisit le Comité Ethique du Ministère de la Science argentin pour recommander la création urgente d'une commission véritablement indépendante des industries chimiques, qui serait chargée de déterminer les risques réels du glyphosate. Ce pesticide est employé massivement dans les immenses champs de soja - dont l'Argentine est le 3ème producteur mondial - pour éviter les 'mauvaises herbes'. Le soja, lui, résiste: il est génétiquement modifié pour.

En Colombie, ce herbicide surpuissant sert à détruire les plantations de coca, et l'Equateur est depuis des années en conflit avec son voisin car les fumigations passent joyeusement sa frontière.

Les scientifiques argentins ont pu reproduire les expériences antérieurement réalisées par d'autres, pour arriver aux mêmes conclusions: le glyphosate a des effets néfastes sur l'environnement - notamment sur les embryons d'amphibiens, à doses infinitésimales - et probablement sur l'homme. Ce qu'on savait déjà puisque les ouvriers agricoles qui le respirent et les Indiens qui en sont aspergés (par exemple pour leur faire quitter les terres qu'ils occupent) ont témoigné de divers problèmes sanitaires, allant jusqu'à la fausse couche chez les femmes enceintes.

Le Comité pour l'Ethique dit être conscient des enjeux économiques de la question. De fait, à peine les résultats de la nouvelle série d'expériences ont-ils été publiés que leur auteur, Andrés Carrasco, a reçu des menaces téléphoniques.

Au Paraguay, les industries chimiques se mobilisent également. Le président Lugo, entre deux revendications de paternité, a signé un décret régulant l'usage des pesticides dans l'agriculture. Le secteur agraire a immédiatement pris position contre le décret qu'il juge inapplicable, les syndicats agricoles dénonçant un texte dicté par des ONG qui vivent de fonds provenant de l'étranger (sûrement de Norvège, diraient Les Luthiers - 8ème minute du sketch-, ce pays ennemi qui fomente des campagnes pour nous décrédibiliser et nous déstabiliser... tiens? une campagne de déstabilisation? Mais c'est le Guatemala ici!).

Pour finir, ils ont lancé un ultimatum au président: si d'ici samedi il n'a pas retiré son décret, ils lanceront une mobilisation nationale. L'exemple voisin de l'Argentine a démontré qu'il vaut mieux ne pas avoir l'agrobusiness contre soi, quand on est président... La question est: quelle marge de manoeuvre aura le pouvoir politique, face au poids des multinationales et à leurs relais internes.