Yasuní: non-pétrole contre compensations

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La plupart des experts reconnaissent désormais les effets néfastes de l’activité humaine sur le climat.
Nombre de responsables politiques font assaut de bonnes intentions pour limiter cette influence et lutter contre le réchauffement climatique, mais ces bonnes volontés affichées se heurtent à la réalité de notre dépendance au pétrole.
Un des pays producteurs, l’Equateur, propose à la communauté internationale un projet ambitieux et novateur : ne pas exploiter un important gisement pétrolier, le champ ITT, afin de préserver la forêt, ses habitants indiens et sa biodiversité. En échange, son président demande une contribution internationale qui viendrait abonder un fonds dont les intérêts seraient destinés à des programmes de développement alternatif, basés sur les principes du développement durable.
Les compensations économiques demandées sont faibles au regard de ce que rapporterait l’exploitation: 5 dollars par baril, quand une compagnie pétrolière en donnerait entre 10 et 15 à la sortie du puits.
L’offre a été faite pour la première fois en juin 2007 ; elle tient jusqu’à septembre 2008. Si d’ici là la communauté internationale ne réagit pas, une concession sera accordée sur le gisement ITT.

Le Parc National Yasuní, à l’est de l’Equateur, a été classé en 1989 réserve mondiale de la biosphère par l'UNESCO. Ses 982.000 hectares abritent en effet une biodiversité exceptionnelle. Sur chacun de ces hectares, on trouve une plus grande variété d’arbres que dans les Etats-Unis et le Canada réunis !
Dans ces forêts vivents des descendants des peuples précolombiens : huaorani, tagaeri et taramenani, ces deux derniers peuples en isolement volontaire par rapport à notre « civilisation ». On suppose également la présence de groupes « non contactés ».
Mais le Yasuní regorge également de pétrole. Héritage des gouvernements antérieurs, des concessions ont déjà été accordées à des compagnies pétrolières sur 60% de la surface du parc. La partie sud, celle où vivent les groupes en isolement volontaire, est une « zone intangible » dans laquelle toute extraction est interdite.

L’exploitation du champ pétrolifère Itschpingo-Tambococha-Tiputini aurait des conséquences irréparables sur l’environnement. Elle représenterait tout d’abord la destruction d’une partie de la forêt pour accéder au sol et au sous-sol, soit une nouvelle réduction d’un des poumons de la planète.

Le risque zéro en exploitation pétrolière n’existe pas, et la pollution des sols, des eaux de surface, des nappes phréatiques et de l’air est certaine. Ce type de pétrole brut est mélangé à de l’eau. On estime que pour 10 barils de pétrole extraits il faudra rejeter 90 barils d’eau souillée dans l’environnement.

Destruction de la forêt et pollution entraîneraient inévitablement la mort de nombreux spécimens de la flore et de la faune. Les populations indiennes souffriraient également les conséquences de cette exploitation. Les effets sanitaires de la pollution sont connus: intoxications par inhalation et ingestion, cancers dus aux éléments du brut et aux produits chimiques utilisés, retards de développement physique et mental chez les enfants… En outre, les populations en isolement volontaire n’ont pas de défenses naturelles contre les maladies que nous véhiculons. Pour ces populations, l’exploitation serait probablement, à terme, mortelle. 

L’Equateur demande un apport de près de quatre milliards et demi de dollars à raison de 350 millions par an, au titre de sa contribution à la lutte contre le réchauffement climatique : en sauvegardant sa forêt, et en laissant hors du marché une quantité de pétrole qui, consommée, génèrerait 115 millions de tonnes de CO2 rejetées dans l’atmosphère.

Toute la question est de savoir si les pays développés se sentent concernés. Il est inhabituel de payer pour quelque chose que l’on n’exploitera pas. Il est difficile d’évaluer la préservation d’une ressource. Dans ce cas, le montant de la compensation est d’ailleurs estimé sur la base du prix du pétrole, pas en fonction de la superficie de la forêt préservée, ou du nombre de vies humaines ou d’espèces animales ou végétales sauvées.

Cette perception est peut-être en train de se faire jour. Lors de la Conférence de Bali sur le réchauffement climatiques, les participants ont envisagé un nouveau mécanisme : le REDD (pour « Réduction d’émissions issue de la déforestation et de la dégradation ») qui consisterait à payer les pays tropicaux en développement afin qu’ils protègent leurs zones boisées.

L’Equateur s’engage à ce que cet argent abonde un fonds placé sous contrôle international, et destiné à des investissements dans les énergies renouvelables, l’écotourisme, la préservation et la remédiation à la biodiversité, ainsi que des services de santé et d’éducation à destination de sa population.

Le gouvernement équatorien envisage différentes sources pour ce fonds : des mécanismes d’échange de dette extérieure, des dons émanant de gouvernements, d’organismes, d’entreprises ou de particuliers. Entre autres, l’Espagne, l’Italie, la Norvège ont annoncé leur contribution au projet. En France, pas de réaction.