Des effets secondaires des migrations

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Thèse: les migrations ne sont pas un facteur de développement des pays d'origine. Le mieux-être socio-économique ne peut pas compenser les effets destructeurs sur le tissu de la société, à commencer par les enfants de migrants.
L'absence des parents entraîne des séquelles affectives et normatives graves qui mettent en péril l'avenir des sociétés concernées. Un regroupement familial ultérieur ou la migration de ces enfants devenus jeunes adultes peut également être un élément déstabilisateur pour la société d'accueil.

Les migrations économiques se sont développées au cours des dernières décennies, en corrélation avec ce que l'on nomme mondialisation. Parmi les nouveautés, de plus en plus de femmes, voire des couples laissant des enfants derrière eux; également des migrants de plus en plus jeunes.

Il est de bon ton de considérer que l'argent envoyé par ces migrants à leurs familles restées au pays sont un facteur de développement puisqu'elles parviennent à leurs destinataires, ce qui n'est pas toujours le cas de l'aide au développement, et parce que les montants en jeu sont infiniment supérieurs à toute l'aide au développement.
De fait, cet argent contribue à une amélioration de la situation socio-économique des bénéficiaires, qui le consacrent à leurs nécessités de base: nourriture, médicaments, logement et ensuite éducation.
Cet argent est rarement investi dans des projets de développement économique qui permettraient le retour des migrants dans un délai court ou même moyen. En outre, il comporte au niveau microéconomique un effet pervers évident: la création d'une classe d'assistés ( ''mantenidos'' : entretenus, en Amérique Latine), de personnes qui n'ont ni envie ni intérêt aucun à travailler ou étudier, puisque leurs besoins sont couverts par les envois du migrant. Au demeurant, les jeunes acquièrent vite la conviction qu'aucun avenir n'est possible dans leur pays et attendent le moment où ils pourront partir à leur tour.

Sur un plan macroéconomique, l'envoi de cet argent permet de maintenir une certaine tranquillité sociale, car il adoucit la misère des classes les plus pauvres (Mexique, Salvador, Paraguay; ailleurs, comme au Nicaragua, au Pérou ou en Haïti, les migrants sont plus majoritairement issus de la classe moyenne).
Pour certains pays l'argent envoyé par les migrants est la première ressource économique du pays. La figure du migrant est exaltée, par exemple au Salvador, où les pouvoirs publics n'ont finalement aucun intérêt à tenter de retenir les travailleurs.

Cependant, une donnée importante n'est pas prise en compte dans ce calcul: les conséquences sur le tissu social. Si les institutions financières internationales sont en désaccord depuis longtemps sur le caractère de « facteur de développement » de l'argent des migrants, ce n'est que très récemment que des organisations internationales s'inquiètent des effets sociétaux, et notamment sur les enfants « orphelins de l'émigration ».

Ainsi, l'UNICEF alerte quant aux risques encourus par les enfants laissés par un de leur parent ou les deux. Plus vulnérables, cibles privilégiées des trafiquants d'êtres humains, parfois mal traités par leurs familles d'accueil, ils souffrent également de graves carences affectives et d'un défaut de règles. Ils sont une propension plus marquée à l'alcoolisme et l'absorption de drogues. Surtout, et ce lien n'a été établi que tout récemment, ils ont tendance à abandonner leur foyer chamboulé ou leur foyer d'accueil et recherchent l'affection d'une famille de substitution au sein des gangs délinquants d'enfants des rues. En Amérique Centrale, zone touchée depuis plus longtemps que d'autres par l'émigration, les maras sèment la terreur et les autorités sont désemparées face à ces assassins d'une dizaine d'années. Si l'intégration dans une des bandes de voyous des rues « classiques » dans ces pays supposait le passage d'un rite, comme supporter des coups, ou commettre un vol, le rite d'entrée dans les ''maras'' passe par l'assassinat gratuit. Au cours des années 90, les membres hispaniques de gangs implantés aux Etats-Unis ont été expulsés vers leurs pays d'origine, où ils ont rapporté leurs coutumes de violence extrême.

Les ''maras'' se sont étendues, semble-t-il, à toute l'Amérique centrale et l'Amérique du nord.
D'autres bandes, comme les Latin Kings et les Ñetas, sont présentes en Espagne où, après quelques épisodes violents en 2003, elles ont semblé s'assagir. Les Latin Kings sont ainsi reconnus comme association culturelle en Catalogne.

L'Union Européenne a elle aussi ses pays d'émigration, avec des effets déjà observables sur les populations. Près de 10% des Roumains travaillent à l'étranger, la moitié en Italie, où l'on a vu récemment une recrudescence des actes racistes, un quart en Espagne, où cette population jouit d'une meilleure image que les migrants marocains, mais pour combien de temps?
Pendant ce temps-là, en Roumanie, 800.000 enfants sont séparés d'au moins l'un de leurs parents, et l'on compte déjà des suicides d'enfants qui ne supportent plus cet éloignement. Quel horizon, quel avenir pour les autres?


Le propos n'est pas de stigmatiser des populations de migrants dans lesquels on ne verrait que des délinquants potentiels, mais de souligner qu'il est urgent de proposer un modèle différent qui éviterait l'éclatement des familles et la précarisation affective et morale de populations entières.

Certains pays commencent à prendre conscience de la perte que représente pour leur développement la migration de la force de travail. Ainsi l'Equateur mettra-t-il en place à partir de janvier 2008 le « Plan Retorno », un plan d'aide au retour, qui combine exemptions fiscales sur les capitaux rapatriés et microcrédits pour créer une activité économique sur place.



A lire

CEPAL: Migrations, vulnérabilité et politiques publiques. Impact sur les enfants, leurs familles et leurs droits. 2003. (en espagnol).