Réouverture de l'affaire des stérilisations forcées au Pérou

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Le Parquet péruvien a rouvert voilà dix jours l'affaire des stérilisations forcées et massives qui ont eu lieu sous la présidence d'Alberto Fujimori. Si les victimes sont estimées à près de 300.000, l'affaire repart de la mort de l'une d'entre elle suite à l'opération, en 1998. Et est désormais considérée comme un crime contre l'humanité.

Dans la deuxième moitié des années 1990, ce sont près de 300.000 femmes - pauvres et Indiennes pour la plupart - qui ont été contraintes de se faire stériliser, dans le cadre d'un programme gouvernemental qui a eu recours à des fonds de coopération internationale. Le parquet s'appuie sur le décès de l'une d'entre elles, María Mamérita Mestanza, de 33 ans et mère de 7 enfants, suite à une ligature des trompes.

Il a été démontré que ces opérations n'avaient rien de volontaire: des fonctionnaires d'état ont menacé les femmes de peine d'amende ou de prison; des rafles ont été opérées dans des dispensaires, parfois avec l'appui de la police et de l'armée; le consentement éclairé des patientes n'était absolument pas prioritaire. Des patientes et des patients, puisque près de 30.000 hommes auraient été soumis à des vasosectomie, rappelle un reportage diffusé sur Arte.

En revanche, la réduction de la pauvreté par la réduction de la quantité de pauvres était vu comme un facteur de développement du pays... Les fujimoristes parlent quant à eux de quelques-erreurs-qui-ont-été-réparées, de 200 à 300 cas de stérilisation forcée (les autres étant volontaires) et crient au complot: "c'est un rideau de fumée [destiné à] masquer les gravissimes affaire de corruption qui ont eu lieu sous ce gouvernement [celui d'Ollanta Humala]", affirme Alejandro Aguinaga, un député fujimoriste. La thèse est intéressante, dans la catégorie "foutage de tronche", bien entendu.

En 2002, le Défenseur du Peuple (équivalent du Médiateur de la République) avait conclu à l'absence de preuves d'une responsabilité pénale de l'ex-président Fujimori et de ses ministres. A l'époque, Fujimori était au Japon où il avait fui pour éviter d'être destitué; il avait envoyé la première démission présidentielle par fax de l'histoire des pays. Arrêté lors d'un voyage au Chili, il purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour violations des droits de l'homme.

 

A lire sur le Conseil du Statut de la Femme, institut québécois: Campagne de stérilisation au Pérou: l'Etat-bistouri. Où l'on découvre la surprenante notion de "festival des ligatures"! Un article passionnant.