Récoltes agricoles perdues en Alabama

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L'Alabama a adopté une loi extrêmement sévère sur les migrations pour réduire la présence de sans-papiers sur son sol. C'est très réussi, tellement que les agriculteurs s'arrachent les cheveux en regardant leurs récoltes pourrir sur pied, rapporte BBC Mundo qui s'interroge: l'agriculture états-unienne pourrait-elle survivre sans les travailleurs sans-papiers?

Depuis le 28 septembre 2011, en Alabama, la police peut exiger les papiers de toute personne ayant l'air de ne pas en avoir. On peut aussi contrôler, dans les écoles, que les parents des enfants sont légalement sur le territoire. Et enfin, être sans-papiers est désormais un délit.

Rien que des choses qu'il est devenu habituel de voir en France au cours des dernières années; mais pour les Etats-Unis, terre d'immigration s'il en est, il s'agit là de la loi la plus restrictive du territoire. Le résultat est patent: de nombreux travailleurs sans-papiers ont fui vers d'autres Etats... et la main d'oeuvre bon marché s'est réduite d'autant. L'agriculture intensive emploie 2.5 millions de personnes aux Etats-Unis; la moitié d'entre eux n'aurait pas de titre de séjour.

En attendant, en Alabama, les récoltes de tomates et de pommes de terre sont perdues. Pas moyen de trouver de la main d'oeuvre locale prête à travailler aux mêmes conditions, et de toute façon elle est moins résistante et moins prête aux sacrifices (tiens? s'ils ont le choix, ils font autre chose?): le président de la coopérative Grow Alabama constate que, là où les Hispanos travaillaient 10h et gagnaient entre 100 et 300$ - ils sont payés à la caisse récoltée - les locaux ne tiennent que six heures pour ne gagner que 25$. Et ils ne reviennent pas le lendemain...

Si la situation des récoltes est préoccupante, la perspective de passer les semailles de février sans la main d'oeuvre à laquelle ils sont habitués affole les producteurs, qui exigent du gouverneur républicain une solution. Mais pas n'importe quelle solution, puisqu'ils rejettent les programmes d'emploi temporaire d'immigrés, qui leur imposent de loger les travailleurs, et donc leur reviennent plus cher (cela rappelle le "contrat en origine", le fameux modèle économique de l'agriculture intensive espagnole).

Activistes et économistes pointent du doigt la situation en Alabama comme l'illustration de la nécessité de main d'oeuvre immigrée et de sa contribution à la bonne marche de l'économie du pays. Si tous les Etats de l'Oncle Sam adoptaient des lois similaires, estiment-ils, l'agriculture intensive US s'effondrerait, le coût des produits maraîchers exploserait, les activités économiques liées - des fabricants d'engrais aux restaurants - seraient durement touchées, et les Etats-Unis n'auraient d'autre recours que d'importer des produits frais de pays où leur production est moins chère, comme le Mexique.

Ah, finalement c'est peut-être une bonne idée ça.

Mais comme les familles états-uniennes consomment globalement pour moins cher de fruits et légumes que d'alcool, ça ne sera pas non plus la fin du monde.