Paraguay: le point du jour Destitution + 3

Catégorie:

S'il s'agissait de l'Euro, on dirait: Federico Franco mène à l'issue de la première mi-temps, mais à la sortie des vestiaires, Fernando Lugo a retrouvé toute son énergie et semble bien décidé à renverser la tendance. Autrement dit: après un week-end globalement calme, les événements se bousculent au Paraguay. Petit point rapide sur les derniers développements, en attendant les suivants.

Le président Lugo avait accepté le verdict du Sénat. Mais depuis, il est apparu à la télévision publique pour appeler à des manifestations pacifiques. Il a justifié son manque de combativité lors du vendredi fatidique par un argument fort: il avait été informé de la présence de francs-tireurs (dans le langage courant, des snipers) autour des bâtiments publics, et ne voulait pas faire courir de risques à la population.

Mais il se considère toujours comme le président du pays, il a créé un "cabinet de restauration", et il ira au sommet du Mercosur à Mendoza (Argentine) en fin de semaine, alors que les autres pays membres, Argentine, Brésil et Uruguay, refusent de recevoir les représentants du nouveau pouvoir.

Il y a donc, ce soir, deux présidents au Paraguay.

Cöté "nouveau président": Federico Franco a reçu l'appui de la Cour Suprême. On se souvient que Fernando Lugo l'avait saisie en urgence vendredi dernier, mais qu'elle n'avait pu se réunir, deux de ses membres étant absents. Autre bonne nouvelle pour Franco: il a mis la main sur la centrale hydroélectrique d'Itaipu (en virant son responsable pour y nommer le remplaçant). Itaipu, c'est beaucoup d'énergie, et beaucoup d'argent. En Amérique Latine, les entreprises énergétiques servent souvent à alimenter des opérations politiques. Et ça peut être bien utile.

Ce sont les seules bonnes nouvelles pour Franco, qui pour le reste s'est fait presque autant humilier qu'une équipe de France sur un terrain de foot. Malgré la reconnaissance de l'Eglise catholique et l'appui des propriétaires terriens, le nouveau pouvoir ne convainc pas. Tous les pays sud-américains ou presque ont rappelé leurs ambassadeurs. D'autres pays, dont la France, appellent au respect des droits de la défense. Le Paraguay est donc privé de Mercosur, et Lugo envisage de transférer de façon anticipée la présidence tournante de l'Unasur au Pérou, histoire de ne pas la laisser dans les mains de Franco. Cela pourrait avoir lieu dès le milieu de la semaine à Lima. Franco a beau rejeter sa suspension, ça m'étonnerait que cela suffise à changer la donne.

Alors que l'hiver austral commence, le Venezuela a interrompu ses livraisons de carburant - un tiers de l'approvisionnement du pays. Le Chili a cessé ses livraisons de pétrole.

Plus inquiétant encore - de mon point de vue -, une visioconférence au sommet a rassemblé Cristina Fernandez (Argentine), Dilma Rousseff (Brésil), José Mujica (Uruguay) - jusque là rien d'étonnant, ce sont les présidents des autres pays membres du Mercosur. Et Wen Jiabao, le premier ministre chinois. Alors, d'accord, il était justement en visite d'affaires en Argentine, mais tout de même.

La suite du feuilleton, demain!