Paraguay: et pendant ce temps-là...

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Quelques nouvelles du Paraguay, à Destitution J+6, et d'ailleurs. C'est notamment aujourd'hui le troisième anniversaire du coup d'Etat "constitutionnel" au Honduras. Mais il se passe aussi des choses en Argentine et en Bolivie.

Alors que son gouvernement est toujours constesté en interne et à l'étranger, le nouveau président paragiayen Federico Franco prend de prudentes mesures. Il vient ainsi de relever plusieurs hauts responsables de l'Etat-Major des armées, dont les commandants de l'armée de Terre et de la Marine. Je nous résume: mettre la main sur la centrale hydroélectrique d'Itaipu et son magot, c'est fait; contrôler les forces armées, c'est fait, et ce sera bien utile si les manifestations pro-Lugo se développent.

Bon, maintenant il faut quand même se remettre bien avec les voisins, pour pouvoir exporter les produits du pays, et puis pour rétablir les approvisionnements en carburant. Commençons par le Brésil. Et ça c'est facile, on va monter un accord gagnant-gagnant avec les Brasiguayos, ces Brésiliens ou descendants de Brésiliens qui possèdent plus d'un million d'hectares des meilleures terres du pays. Et puis le Parti Libéral Radical Authentique auquel appartient Franco est resté très proche des gros propriétaires terriens. Alors, c'est convenu? Je faciliterai l'agroindustrie, je protègerai la propriété privée - comme parallèlement Franco a promis une réforme agraire, ça commence très fort - et je mettrai fin aux invasions et aux occupations par les sans-terre (ah oui, on comprend mieux pourquoi il devait avoir l'armée à sa botte, aussi). En échange, vous faites du lobbying auprès du gouvernement et de la présidente brésilienne pour que les relations se normalisent, sachant que j'accomplirai la fin du mandat de Lugo, jusqu'au 15 août 2013.

Voilà en substance ce qu'a dû déclarer Franco aux Brésiguayens qui s'en sont montrés fort heureux. La réunion ayant eu lieu mardi, dès mercredi une délégation de ces propriétaires terriens partait pour le Brésil accomplir sa part du contrat.

Pendant ce temps, en Bolivie les policiers se sont rebellés pour obtenir des hausses de salaire avec l'espoir de gagner autant que les soldats. Dans le bas de l'échelle, un policier gagne environ 178$, les mutins en réclament 359. Morales les a accusé de collusion avec les Indiens amazoniens qui protestent toujours contre le projet de route à travers le parc national et territoire indien Tipnis, et a crié au complot et à la tentative de coup d'Etat. Puis les négociations ont commencé et les policiers ont finalement accepté de reprendre leur service contre des hausses d'environ 20% de leur traitement. Les Indiens du Tipnis, eux, sont arrivés hier à La Paz, la capitale politique du pays, dans le cadre de leur deuxième marche de protestation.

Pendant ce temps, en Argentine, des dizaines de milliers de travailleurs péronistes - le parti de la présidente Cristina Fernández - ont manifesté à travers Buenos Aires et ont pris la très symbolique Plaza de Mayo, qui fait face au palais présidentiel. C'est la première fois depuis neuf ans que les travailleurs protestent ainsi contre la politique économique du gouvernement. C'est là le résultat d'un affrontement entre la présidente argentine et le patron de la CGT, Hugo Moyano, également leader historique des camioneros, les routiers, au grand pouvoir de nuisance car ils peuvent paralyser l'économie du pays, mais aussi le ravitaillement des populations. Pour mémoire, la CIA avait financé en sous-main une grève des routiers chiliens pour désorganiser le pays avant le coup d'Etat de Pinochet contre Salvador Allende.

Pendant ce temps, au Honduras, on ne commémorera pas le coup d'Etat qui a eu lieu il y a trois ans.