Nouvelle route d'immigration Maroc - Espagne

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Après un tarissement brutal dû à la crise économique, les pateras ont repris le chemin de l'Espagne. D'autres migrants tentent d'entrer dans Ceuta ou Melilla, villes enclavées en territoire marocain. Mais les candidats au passage innovent, en gagnant l'un des nombreux îlots espagnols aux portes du royaume alaouite: un semis de cailloux que l'Espagne n'a pas blindés. Et ils attendent...

Si l'on connaît Ceuta et Melilla, on sait moins que l'Espagne a d'autres - très petits - territoires à proximité immédiate des côtes marocaines. L'îlot Perejil a eu son heure de gloire en 2002: ce caillou de quatorze hectares sur lequel on trouve essentiellement des chèvres a été occupé par des militaires marocains, coup d'éclat du jeune Mohamed VI. Le président du gouvernement espagnol d'alors, José Maria Aznar, avait immédiatement envoyé des troupes pour arracher le drapeau rouge flottant outrageusement sur le sol espagnol. 

Sont également sous souveraineté espagnole les îles Zaffarines, à l'est du Maroc, quelques autres îlets et même une presqu'île, le peñón Vélez de la Gomera. Lesquels sont inhabités - certains comptent cependant un détachement militaire, en théorie -, et sur lesquels il est en conséquence plus facile d'entrer.

C'est ainsi qu'un groupe d'immigrants est arrivé sur l'île de Terre (Isla de Tierra) il y a à présent quatre jours. A 300 mètres d'une plage prisée des vacanciers (voir vidéo: Isla de Tierra, Isla de Mar et Peñón de Alhucemas), cette étendue de moins d'un hectare et demi a surtout d'espagnol son grillage en barbelés et son drapeau sang et or. Mais comme Madrid est très jaloux de ses droits, les voyageurs espèrent bien être déportés à Melilla ou dans la métropole.

Las, le gouvernement espagnol ne l'entend pas de cette oreille. Il ne veut surtout pas encourager le développement de cette voie clandestine beaucoup plus accessible et moins coûteuse que la traversée de la Méditerranée, a fortiori celle de l'Atlantique vers les Canaries. Il s'est tout de même vu contraint de transférer six personnes - trois femmes et trois enfants en bas âge - au centre de rétention de Melilla, il ne manquerait plus qu'il leur arrive quelque chose. Mais quant aux treize hommes qui les accompagnaient, et aux candidats potentiels, l'Espagne a averti: elle rejette toute responsabilité en cas de problème. Pas question de créer un précédent, même si, de fait, l'aide apportée aux aspirants Robinson et le transfert des personnes les plus vulnérables en constitue déjà un.

Au cours des dernières années, la recrudescence des tentatives de migration vers Ceuta et Melilla était souvent concomittante de négociations économiques hispanomarocaines. La pression migratoire était alors "appuyée" par le pouvoir alaouite - la gendarmerie, qui contrôle les abords des villes espagnoles, s'abstenant d'éloigner les migrants qui se préparaient à l'assaut des grilles. 

Source carte: Ecemami, Wikimedia Commons