Mercosur: l'Union Européenne ne négociera pas avant la réintégration du Paraguay

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L'ambassadeur d'Allemagne au Paraguay a récemment déclaré au journal ABC Color que l'Union Européenne ne reprendrait pas les négociations avec le Mercosur en vue d'un accord de libre échange tant que le Paraguay ne serait pas pleinement réintégré. D'ailleurs, pour l'Union Européenne, le Paraguay est toujours membre du Mercosur, a-t-il ajouté dans une logique toute diplomatique.

L'entretien, accordé conjointement par Claude Ellner, ambassadeur d'Allemagne, et Olivier Pouplard, ambassadeur de France, avait pour objectif de célébrer le cinquantième anniversaire (plus un mois) du Traité de l'Elysée, fondement de l'amitié franco-allemande.

C'était l'occasion aussi de parler de l'Union Européenne, dont les deux diplomates ont souligné combien elle est un modèle d'intégration pour le monde entier, et d'évoquer les laborieuses négociations entre Europe et Amérique du Sud en vue d'un accord de libre échange, lesquelles ont débuté en 1999.

Les ambassadeurs ont rappelé l'intérêt que manifestait l'UE à parvenir à un accord commercial avec le Mercosur, en notant que les négociations achoppent du fait des "grands pays" - comprenez: le Brésil et l'Argentine, sous-titre aimablement ABC Color, qui omet en revanche le Venezuela, nouveau membre dont le Paraguay bloquait l'adhésion - et pas du tout des petits, l'Uruguay et le Paraguay, "très favorables à un dialogue constructif".

Au passage, Claude Ellner a fait très plaisir à ses interlocuteurs en leur glissant "laissez-moi vous assurer que pour nous le Paraguay est membre du Mercosur, point. Il n'y a aucun doute, nous n'allons pas travailler avec l'exclusion du Paraguay, pour nous il est membre [du Mercosur]." Pour mémoire, le Paraguay a été suspendu du Mercosur suite au procès politique infondé et bâclé intenté à son président, Fernando Lugo. Le droit à la défense de celui-ci a été largement bafoué, et le procès en soi était du grand guignol (lire le live-blogging que j'en avais fait en juin 2012). Pour autant, d'après les juristes, cela n'autorisait pas le Mercosur à suspendre les droits du Paraguay, mais que deux ambassadeurs européens aillent faire la leçon à ce bloc d'intégration me semble fort peu diplomatique.

Le ministre des Affaires Etrangères du Paraguay, José Fernández Estigarribia, a jugé "très positives" les considérations des deux diplomates, c'est bien le moins, parce que je doute fort que dans les quatre autres pays ces déclarations aient été autant appréciées. Et franchement, je ne vois pas bien ce que l'Union Européenne y gagne.