Mallku Khota: le président bolivien pourrait retirer la concession à l'entreprise canadienne South Americain Silver

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Après deux mois de conflit extrêmement vif - qui a déjà fait un mort et plusieurs prises d'otages - le président bolivien Evo Morales pourrait accéder à la demande des manifestants et annuler la concession accordée à l'entreprise canadienne South Americain Silver. Le permis de prospection et d'exploration minière avait été accordé en 2006 par le même président. 

Un nouveau conflit minier oppose des Indiens et une compagnie minière étrangère. La filiale locale de la South American Company envisage l'ouverture d'une nouvelle mine à ciel ouvert, dans le nord du Potosi, près de la localité de San Pedro de Buena Vista, sur le site de la Lagune du Condor (Mallku Khota en aymara). (A noter que cette tribune est de Carlos Mesa, ancien président bolivien, ayant assuré l'intérim après la fuite du président Gonzalo Sanchez de Lozada à la suite du conflit avec les Indiens connu comme la guerre du gaz, en 2005).

Le gisement de Mallku Khota contient essentiellement de l'argent, du gallium et de l'indium, mais en petites veines dont l'exploitation requiert une technologie avancée que les Boliviens ne maîtrisent pas, d'après la compagnie minière.

Cependant, alors que le cours des minerais augmente sur les marchés internationaux, une partie de la population se mobilise pour exiger la nationalisation de la future mine. "Nationalisation" n'est d'ailleurs pas un terme tout à fait exact, puisque les protestataires revendiquent la propriété de la mine pour la nation indienne Charca Qhara Qhara. Ils s'appuient pour cela sur la constitution qu'Evo Morales et son parti, le MAS, ont fait adopter en 2009, et qui reconnaît des droits aux trente-six nations indigènes du pays.

Les opposants à la présence de South American Silver - car il y a aussi des populations qui y sont favorables: 44 des 46 ayllus, ou communautés locales - avancent également, quoique marginalement, des arguments environnementaux: la pollution qu'entraînerait une mine à ciel ouvert et les risques pour trois lagunes proches. Au sein du gouvernement cependant, on souligne plus volontiers des intérêts corporatistes émanant de coopératives de mineurs.

Le conflit est devenu violent, avec une prise d'otages sur policiers il y a deux mois. Un des leaders communautaires, Cancio Rojas, a alors été arrêté; sa libération fait partie des revendications des communautés. Deux ingénieurs et trois techniciens de sous-traitants de la compagnie minière ont a leur tour été séquestrés, respectivement le 28 juin et le 4 juillet, ainsi qu'une procureure. Les preneurs d'otages ont miné les accès à la zone pour éviter l'approche de la police. Celle-ci ayant malgré tout lancé une intervention pour libérer les otages - les trois techniciens ont réussi à s'enfuir , la procureure a également été récupérée - un Indien a été tué par balle, quatre autres blessés. Dans un premier temps, le gouvernement a nié la réalité de l'affrontement et attribué le décès du manifestant à une mauvaise manipulation d'explosifs.

Déjà gêné par le long conflit du Tipnis, le président Morales est disposé à céder aux revendications des ayllus de Mallku Khota; le ministre du Travail, Daniel Santalla, a fait part publiquement hier de la décision de revenir sur la concession accordée à South American Silver. Cette annulation sera effective une fois réglées certaines questions d'ordre "technique et juridique".

Cette décision contraire aux intérêts de la compagnie canadienne risque d'avoir de fortes répercussions pour le pays. Depuis des années, Evo Morales tente d'obtenir des investisseurs étrangers des conditions intéressantes pour la Bolivie et ses populations; c'est ainsi qu'il n'a fait affaire avec aucun grand industriel pour l'exploitation du lithium, qui a pris beaucoup de retard. Les diverses nationalisations de ressources en hydrocarbures ou d'entreprises électriques n'ont pas été pour rassurer; il y a trois semaines, le gouvernement a retiré une concession à une filiale de la suissesse Glencore et a nationalisé son matériel au profit de la Corporation Minière de Bolivie (j'avais raté ça, tiens).

Il y a sûrement des gens qui vont commencer à penser - si ce n'est pas déjà fait - qu'un autre président pourrait être plus favorable aux investissements des multinationales étrangères.