L'olive noire espagnole, non grata aux Etats-Unis

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Les velléités de guerre commerciale du président des Etats-Unis ont provoqué un tir de barrage sur la question de l'acier et de l'aluminium. Cependant, notre voisin ibère est confronté à l'application de barrières douanières effectives sur l'olive noire depuis le mois de décembre, sans que cet état de fait ait déclenché plus que des déclarations d'intention.

Les désagréments espagnols ont débuté en juin 2017, avec la plainte de producteurs californiens d'olives, dénonçant une concurrence déloyale de la part de l'Espagne, dont la production est soutenue par les aides européennes. Les Etats-Unis ont alors ouvert une enquête contre trois entreprises sévillanes. Celle-ci est en cours, et les inspecteurs états-uniens du Département du Commerce se sont rendus en Andalousie le mois dernier pour étayer leur dossier.

Sans attendre les résultats, l'exécutif américain a décidé en novembre d'imposer un droit de douane provisoire de 4,4%, qu'il a complété en janvier d'un autre tournant autour de 17% (taxe variant de 14,64% à 19,73% en fonction des entreprises visées : les plus grosses exportatrices vers les Etats-Unis).

La taxe étant immédiatement exigible - elle sera remboursée si, à l'été, le Département du Commerce juge qu'il n'y avait pas concurrence déloyale -, les entreprises ont dû commencer à la provisionner, et la perte de contrats a commencé à se faire sentir immédiatement. Il faut dire que, si la concurrence déloyale est avérée, la taxe sera applicable pour 5 ans, période renouvelable une fois. Autrement dit, l'olive noire espagnole sera boutée hors des pizzas, sandwichs et ramequins apéritifs.

Un vent de panique souffle donc sur les oliviers andalous, car l'Andalousie (et essentiellement la province de Séville)  produit 76% des olives de table espagnoles - vertes et noires confondues -, l'Espagne étant par ailleurs le premier producteur mondial avec une part de production moyenne de 21%, devant l'Egypte (17%) et la Turquie (16%). Les autres pays sont sous la barre des 10%.

Asemesa, l'Association Espagnole des Exportateurs et Industriels de l'Olive de Table, qui propose plein de jolis camemberts pour mieux appréhender les données du secteur, rappelle aussi que celui-ci représente 8 000 emplois directs, six millions de jours/homme pour la cueillette (sans qu'il soit possible de déterminer s'ils s'ajoutent aux emplois du chapitre précédent), mais aussi une activité indirecte non négligeable dans les secteurs de la conserve (depuis la fabrication jusqu'à la mise en boîte), du cartonnage (pour mettre autour de la conserve), du verre (si vous préférez les bocaux), du transport, et j'en passe.

Or, l'Espagne consomme somme toute assez peu d'olives par rapport à sa production. Elle exporte donc - elle représente le premier pays exportateur avec 30% des parts, et les Etats-Unis sont son premier marché : 23% des exportations espagnoles, devant l'Italie à 10% et la France et l'Allemagne, 8% chacune. Pour ce qui est de l'olive noire spécifiquement, l'Espagne couvre 80% du marché états-unien.

Autant dire qu'avec un droit de douane moyen supplémentaire de 22%, qui se traduit par une hausse de 40% du prix final du produit pour le client (ne me demandez pas comment, ce n'est pas de moi, c'est le président de la coopérative Agrosevilla, premier exportateur, qui le dit), l'Espagne a déjà perdu des contrats et pourrait voir s'évaporer l'intégralité de son précieux marché. En 2016, les Etats-Unis ont importé trente-deux mille tonnes d'olives noires espagnoles pour une valeur de soixante-dix millions d'euros.

Ce qui est surprenant dans l'histoire, c'est que la plainte pour dumping ne vise que l'Espagne, et non d'autres pays exportateurs bénéficiant également des aides de la PAC, j'ai nommé (pour l'olive) l'Italie et la Grèce. Pour le secrétaire général d'Asemesa, c'est bien la preuve que les Californiens ciblent leur principal concurrent, quand les exportations italiennes et grecques sont marginales.

Le même mettait en garde en février : aujourd'hui c'est l'olive noire espagnole qui est touchée, mais si l'UE ne réagit pas, demain, n'importe quelle production agricole de la zone européenne pourra être durement taxé. Et le secteur de regretter que des mesures soient envisagées sur des produits agricoles en provenance des Etats-Unis, mais en guise de rétorsion si les droits de douane imposés à l'acier et à l'aluminium était relevés.

Les entreprises d'olives ont quant à elles commencé à envisager des licenciements.