Les pesos dominicains d'Oberthur Fiduciaire

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Il y a quelques jours, Ouest-France informait d'un vol de pesos dominicains dans les locaux d'Oberthur Fiduciaire à Rennes. L'affaire était présentée à grands traits; j'ai voulu en savoir plus en lisant la presse dominicaine. Deux constats: on en parle autrement plus (logique) et on n'en dit pas la même chose (moins logique).

Côté Ouest-France, on apprend que des rames de pesos ont été volées par deux salariés l'été dernier mais que le vol n'a été constaté qu'en septembre, après qu'un numismate a donné l'alerte. L'information est sortie dans la presse française suite à l'interpellation d'une dizaine de suspects, le lundi 10 février.

Côté République Dominicaine... rien dans l'actualité. C'est en effet le 8 novembre 2013, il y a donc déjà trois mois, que les médias dominicains ont informé de l'affaire.

Le butin s'élève à près de 17 millions de pesos dominicains (près de 288.000€ au cours actuel), sous la forme de 8.403 billets de 2000 pesos imprimés en 2013 mais mis au rebut, et qui devaient être détruits, faute de répondre aux "critères de perfection" de la Banque Centrale Dominicaine. Près de 160 rames de cinquante billets ont disparu. A Paris, l'équivalent de 80.000€ de billets auraient été échangés.

Selon les informations communiquées par la Banque Centrale dominicaine, le vol aurait été découvert alors que l'entreprise Oberthur s'apprêtait précisément à détruire ces billets. Celle-ci aurait immédiatement prévenu les autorités tant françaises que dominicaines. "Cela" aurait eu lieu le 17 juillet, mais l'article de El Dia ne précise pas s'il s'agit du vol ou du signalement aux autorités.

De son côté, la Banque Centrale dominicaine ne prévient la population de la circulation de billets sans valeur légale que le 6 novembre 2013, alors que des transactions impliquant ces billets ont déjà eu lieu dans le pays.

Lors d'une conférence de presse donnée le lendemain (7 novembre), la BCD motive l'avis émis la veille: les billets ont été volés, non pas dans les caves de l'entité dominicaine, mais chez le fabricant français, dont elle souligne au passage la stature et la crédibilité. Cependant, elle n'exclut pas de donner des suites judiciaires à l'affaire "au moment opportun".

On ne sait pas avec certitude combien de ces coupures circulent sur le territoire dominicain, ni d'ailleurs comment elles ont été sorties d'Europe et introduites sur l'île caraïbe. Après les saisies en France (2336 billets) et en République Dominicaine (162), quelque six mille seraient toujours dans la nature.

La Banque Centrale a également annoncé qu'aucune des 35 millions de coupures de 2000 pesos émises en 2013 ne serait mise en circulation. Et que la facture - les frais d'émission s'élèvent  près de 1,4 million de dollars, un peu plus d'un million d'euros - serait réglée par Oberthur Fiduciaire. Côté français, on évoque "un préjudice de 400.000 euros".

Si rien n'est très clair dans cette affaire, Oberthur Fiduciaire peut se féliciter d'avoir un nom complexe pour des hispanophones. Nombre de médias dominicains parlent d'Oberthure, d'Overthur, voire d'Overture: difficile de trouver les informations reliant cette affaire à l'entreprise, au demeurant l'une des principales entreprises mondiales d'émission de papier-monnaie.