Les assiettes de demain

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Les étudiants de L3 ont réalisé des articles sur différentes entreprises. Margarita Asadulaeva, Emmanuel Motte, Meye Edorh Tossa et Diego Herrera Fajardo nous présentent un produit innovant colombien pour la commercialisation duquel une entreprise devrait prochainement se constituer.

Depuis plusieurs décennies les questions environnementales sont un enjeu important. L’homme par ses activités nuit à la conservation de notre très chère terre dans son état naturel. Aujourd’hui ce que l’on cherche à faire c’est de rejeter moins de produits dangereux, ou non biodégradables dans la nature. On tente de maintenir l’équilibre de l’écosystème.

C’est pour cela que nous nous sommes intéressés à de nouvelles entreprises novatrices qui cherchent à améliorer notre quotidien tout en tenant compte de l’environnement. Un projet d’entreprise, a attiré notre attention en particulier : c’est le projet innovant de deux femmes colombiennes. 

Le projet consiste à créer des assiettes à base de plantes aquatiques, qui au bout d’un an de vie pourront être utilisées comme engrais naturel au lieu de finir dans une décharge.

La première idée

Foto de Cayambe - CC by-sa 3.0Tout a commencé en 1998 quand Óscar Jaramillo Bernal, ingénieur électrique pour les entreprises publiques de Medellín ( EPM ) , a élaboré une formule pour améliorer le processus de récolte des plantes aquatiques envahissantes ( un problème majeur en Colombie). Après des années de recherche, il a réussi à venir à bout du projet en trouvant une solution permettant d’optimiser le temps de nettoyage de 40% et réduire le poids de ces déchets de 70%, améliorant ainsi la gestion des résidus. (Photo: Cayambe)

Selon Tatiana Jaramillo, la fille d’Óscar Jaramillo Bernal, l’ancienne méthode de cueillette des plantes (manuelle) et le dépôt dans une décharge profonde, compromettait la sécurité des travailleurs. La nouvelle méthode est donc plus sûre.

Le père a présenté son projet lors du concours d’EPM en 2010 ; il a obtenu 300 millions (US $ 155,440) de pesos pour le réaliser.

De père en fille

C’est en 2011 que Tatiana Jaramillo commence à se demander ce qu’on pourrait faire de toutes ces plantes aquatiques recueillies. Selon elle, c’est dans la mentalité même des Colombiens de tout optimiser. Les matières premières peuvent être réutilisées, il suffit de trouver la meilleure façon de le faire. C’est ce que Tatiana Jaramillo met en place avec Luz Amparo Valbuena, une informaticienne.

Ensemble elles ont eu l’idée de couverts et assiettes en plantes aquatiques recyclées. Les produits ont été conçus pour respecter certaines caractéristiques essentielles telles que l’imperméabilité, la non-toxicité et la biodégradabilité. Le processus de fabrication, encore au stade artisanal, comporte plusieurs étapes : d’abord la désinfection des plantes, puis le tri et la séparation, et enfin leur réchauffement. Ensuite, elles sont remaniées afin d’être modelées dans la forme désirée. Le produit obtenu est ensuite recouvert d’une couche de biopolymère à base de maïs afin de l’imperméabiliser.

Pour améliorer l’imperméabilité et réduire le nombre d’étapes, les deux femmes souhaitent à terme intégrer le biopolymère directement à la plante.

Avant d’arriver à ce produit final il y a eu de nombreux prototypes, des heures de recherche et d’expérimentation. La difficulté étant de donner une solidité aux objets, qu’ils soient résistants aussi bien aux basses qu’aux hautes températures. D’autre part, il était nécessaire de neutraliser l’odeur des plantes et de trouver une manière de diversifier les couleurs.

Un projet d’entreprise

Le prochain défi pour les deux amies est d’industrialiser leur production afin de réduire le temps de confection des différents ustensiles ; en somme d'améliorer la productivité. Un passage obligé pour rendre le projet viable à long terme et envisager de voir plus grand. Pour cela elles seront aidées par la bourse gagnée lors du concours EPM. Tatiana Jaramillo est consciente d’avoir entre les mains une innovation qui pourrait changer l’avenir et elle compte bien la transformer en or.

Elle a déjà prévu de partir à la conquête des marchés étrangers et notamment les marchés latino-américains (le Mexique, le Chili, l’Argentine,) mais aussi les Etats-Unis, la France, l’Angleterre et le Canada.

Avant cela, les deux conceptrices de ce projet novateur ont prévu de parfaire leur produit pour plaire à un public plus large et faire oublier au consommateur qu’il s’agit à la base de déchets aquatiques. Elles comptent ainsi s’associer à des artisans locaux pour décorer les ustensiles et les rendre plus esthétiques.

Ce projet reflète particulièrement bien le contexte actuel en termes d’innovations. Il ne s’agit plus de créer des nouveaux produits à n’importe quel prix mais plutôt de trouver des nouveaux systèmes de recyclage ou de conception afin de produire de façon plus efficiente et surtout en respectant l’environnement. On constate de plus en plus ce retour à la terre et à des modes de production plus sains, moins gourmands en énergie. L’explosion de l’agro-écologie en est l’illustration parfaite : il s’agit de cultiver en utilisant au mieux l’environnement. Par exemple, cultiver à l’abri des arbres permet de profiter de l’ombre pour limiter les besoins en eau des cultures tout en les fertilisant grâce à la décomposition des feuilles tombées au sol.

Ces nouveaux modes de production ont démontré leur efficacité (notamment dans les pays du sud) et de nombreuses usines commencent à voir le jour.

L’initiative de Tatiana Jaramillo et de Luz Amparo Valbuena s’inscrit dans cette démarche écologique et économique. Il reste seulement à convaincre les futurs acheteurs d’acheter ces ustensiles à la fois pratiques et éco-conçus.

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Interview de Tatiana Jaramillo sur Radio Caracol