Le "Julian Assange" bolivien est arrivé au Brésil

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Le sénateur bolivien Roger Pinto, reconnu coupable de nombreux délits, s'était réfugié à l'ambassade du Brésil à La Paz en mai 2012. Face au refus des autorités de son pays de lui accorder un sauf-conduit, il a fini par quitter l'ambassade pour Brasilia, ni vu ni connu, en voiture diplomatique. Mille cinq cents kilomètres et vingt-deux heures de trajet apparemment sans encombre pour la frontière.

Roger Pinto était réfugié depuis près de quatorze mois dans l'ambassade du Brésil à La Paz. Condamné par la justice bolivienne dans plusieurs affaires de corruption, il fait encore l'objet d'une vingtaine de procès pour diverses causes, ce qui peut laisser soupçonner un lourd passif. Ou un léger acharnement politique: Pinto a en effet commencé à avoir des ennuis après avoir dénoncé la corruption des autorités politiques et les liens entretenus par des collaborateurs du gouvernement avec le narcotrafic.

Le Brésil lui a accordé l'asile politique, mais la Bolivie refusait de lui donner un sauf-conduit pour qu'il quitte l'ambassade, soit une situation similaire à celle de Julian Assange, reclus à l'ambassade équatorienne de Londres. Alors que sa santé se détériorait, l'ambassadeur brésilien en Bolivie (en fait, le chargé d'affaires, en attendant la nomination d'un nouvel ambassadeur) aurait pris l'initiative d'exfiltrer son invité, à la grande surprise - officielle - de son ministre de tutelle, qui a déclaré que son administration réunissait toute l'information utile, et que les mesures administratives et disciplinaires appropriées seraient prises. Tiens, sensiblement ce qu'a déclaré Rafael Corea, quand le consul équatorien à Londres a inconsidérément et tout seul comme un grand offert un sauf-conduit à Edward Snowden. Mais il semblerait que dans ce cas, le ministre ait été pris de court.

Pour en revenir à la Bolivie, on minimise: ce n'est pas un "vulgaire délinquant" qui va remettre en question l'amitié entre les deux pays, et quand on dit amitié, on parle de deux à trois milliards de dollars d'échanges commerciaux annuels. Mais les relations déjà tendues ne s'améliorent pas.

A noter que les cas Assange et Pinto n'ont pas grand-chose à voir, à part l'hébergement de longue durée dans une ambassade (mais on pourrait aussi, à ce compte-là, parler de Mel Zelaya); mais dans l'entourage du reclus bolivien, on a dû se dire qu'établir une comparaison aiderait à médiatiser internationalement l'affaire. Pas mal joué: la preuve!

Mise à jour 27/08: Dilma Rousseff a démis son ministre des Affaires Etrangères, Antonio Patriota, alors que les médias brésiliens critiquent la fuite rocambolesque de Pinto avec l'aide de l'ambassadeur. 

 

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