Le juge Garzón mis sur la touche

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Le Tribunal Suprême espagnol a condamné le juge Baltasar Garzón à onze ans d'interdiction d'exercer les fonctions de juge et de magistrat. Agé de cinquante-six ans, Garzón ne pourra les reprendre avant 67 ans, l'âge de la retraite en Espagne. Une triste fin de carrière pour celui qui s'était illustré en faisant arrêter le général Pinochet à Londres.

Le "superjuge" a fini par tomber. Héros pour les uns, agité mégalomane pour d'autres, flamboyant mais brouillon pour beaucoup: le juge Garzón laisse rarement indifférent en Espagne et en Amérique Latine. Usant d'une compétence universelle - depuis disparue - de la justice espagnole, il avait instruit des enquêtes sur les crimes commis sous les dictatures chilienne, argentine et guatémaltèque. Il s'était aussi attaqué à la Chine à propos du Tibet, et aux Etats-Unis sur le dossier de Guantanamo.

En 2006, alors que le gouvernement socialiste travaille à la Loi sur la mémoire historique, il s'attaque aux crimes impunis du franquisme, les requalifiant en "crimes contre l'humanité" pour contourner l'amnistie de 1977. Les enfants et les familles des disparus du franquisme avaient alors placé beaucoup d'espoir en lui.

C'était peut-être le coup d'éclat de trop: Baltasar Garzón a été mis en examen dans trois affaires, l'une de prévarication, la seconde d'écoutes illégales dans le cas d'une enquête et la troisième, suite à une plainte de l'extrême-droite, pour avoir abordé en justice les actes du franquisme. C'est dans la deuxième de ses affaires que Garzón a été condamné à l'unanimité des sept juges à onze ans d'interdiction. Le verdict précise que les pratiques du juge, accusé d'avoir fait écouter des conversations entre des détenus et leurs avocats, "n'existent plus aujourd'hui que dans les régimes totalitaires", tiens c'est curieux, sans aller si loin... Passons. 

Le verdict sur les crimes du franquisme a été mis en délibéré hier.

 

Crédits photographiques: Présidence de la Nation Argentine