Lancement du référendum révocatoire au Venezuela

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La Constitution vénézuélienne prévoit la possibilité de révoquer le président à partir de la moitié de son mandat. Les chavistes ayant perdu la majorité lors des élections du 7 décembre 2015, l'Assemblée nationale, désormais aux mains de l'opposition à Maduro, vient de parvenir à lancer le processus, malgré une Cour Suprême farouchement pro-chaviste.

L'actuelle constitution vénézuélienne, adoptée en 1999 sous la férule du président Hugo Chavez, prévoit la révocation de tout mandat électif de la République. Son article 72 en définit les grandes lignes: à compter de la moitié du mandat, un référendum révocatoire peut être demandé. Pour le lancer, un minimum de 20% des électeurs de la circonscription concernée doivent le demander. Pour que la révocation soit validée, 25% ou plus des électeurs doivent participer, et le nombre de votes favorables à la révocation doit dépasser le nombre de votes recueillis par le candidat lors de son élection. Il ne peut y avoir qu'un seul référendum révocatoire par mandat.

Nicolas Maduro a atteint la moitié de son mandat de 6 ans, le 5 mars selon les uns - 3 ans après la mort de Chavez, le 19 avril selon les autres - suite à son élection - voire pour d'autres encore dès janvier, puisque Chavez, gravement malade, n'a pas prêté serment pour son nouveau mandat. L'Assemblée Nationale d'alors avait produit un document paraphé d'une main tremblante par le grand leader, en soins intensifs à Cuba, un cas absolument pas reconnu par la constitution, mais ce n'est pas le sujet.

Donc Nicolas Maduro a atteint la moitié de son mandat, et il y en a qui n'attendaient que cela depuis 3 ans. Le référendum révocatoire n'est à pas proprement parler une nouveauté: en 2004, le président Chavez avait affronté ce processus qu'il avait remporté haut la main, avec près de 60% d'appui. Mais les temps ont bien changé, et les cours du pétrole aussi, donc les chavistes, déjà laminés lors de l'élection du 7 décembre dernier, pourraient bien perdre le pouvoir. Ils font donc barrage de toutes les forces qu'il leur reste, et il faut reconnaître qu'ils avaient bien préparé leurs arrières.

Ainsi donc, la Commission Nationale Electorale a ajouté une condition pour que la demande de référendum soit valable: que 1% au moins des électeurs des 23 états du Venezuela le sollicitent. Parallèlement, l'Assemblée Nationale (majoritairement en opposition avec le président) a adopté mercredi dernier une loi visant à préciser les modalités des référendums révocatoires, mais elle doit être validée par la Cour Suprême (pas gagné) et ratifiée par le président (pas gagné non plus).

Ce nonobstant, la collecte des signatures a commencé hier, et même commencé très fort, puisqu'en une seule journée - alors que le délai est de 30 - plus de 600.000 électeurs ont déjà signé la demande de référendum. Et il s'agit d'une fourchette basse, car il manque les chiffres de deux des principaux états du pays, et selon le candidat de l'opposition Henrique Capriles, on serait plutôt entre 800.000 et un million de signatures.

Cependant, le génie chaviste n'étant jamais pris au dépourvu, le processus de vérification de la validité des signatures prendra plus de temps que prévu: en effet, pour économiser l'électricité, les services publics ne fonctionnent plus que deux jours par semaine (et la journée de travail va de 7h à 13h).

Si le référendum avait lieu après le 10 janvier 2017 (je sais, on en est encore loin), le vice-président assumerait le pouvoir pour la fin du mandat de Maduro; s'il a lieu avant, des élections auront lieu. Et il y a fort à parier qu'elles mettraient fin à 19 années de chavisme.