La semaine des ex-présidents

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C'est la semaine où les anciens présidents font de fracassantes déclarations, revenant sur leurs exploits passés ou la situation actuelle. Et déclenchant au passage un tourbillon de bonne humeur [ceci est une antiphrase]. Mardi dernier, c'était Tabaré Vázquez dans "le jour où l'Uruguay a failli faire la guerre à l'Argentine". A la fin de la semaine, c'était le tour de deux ex-présidents chiliens, Ricardo Lagos et Eduardo Frei.

Et tous deux se sont exprimés par rapport à la Bolivie, dont les relations avec le Chili sont conflictuelles depuis la Guerre du Pacifique (1879-1884) ayant entraîné pour la Bolivie la perte de l'accès à la mer.

Ricardo Lagos, président du Chili de 2000 à 2006, a profité de la présentation officielle du livre d'un ancien ministre de Michelle Bachelet pour se remémorer le bon vieux temps, et les discussions avec son voisin Hugo Banzer, ci-devant président de Bolivie dans sa phase démocratique (pas la Bolivie, Banzer: il avait été dictateur de 1971 à 1978, mais élu pour un mandat de 1997 à 2001). En l'occurrence, celles portant sur la nécessité pour la Bolivie d'avoir un accès au Pacifique, notamment pour exporter du gaz. On y apprend que l'accord entre les deux présidents était quasiment conclu: Lagos proposait la concession d'un corridor, pour 50 ans renouvelables, inscrit au nom de la Bolivie et longeant la frontière péruvienne. Sur ce corridor, la Bolivie aurait fait passer un gasoduc. En contrepartie, la liquéfaction du gaz aurait été réalisée par des entreprises chiliennes. Les discussions ont continué avec les deux successeurs de Banzer, Jorge Quiroga et Gonzalo Sánchez de Lozada, sans finalement aboutir - le dernier ayant indiqué qu'il fallait que la Bolivie détienne la souveraineté sur le corridor. Au passage, il semble bien que ce projet soit celui qui ait provoqué la fureur de la population, l'épisode dit de la "guerre du gaz" de 2003, conclu par la fuite de Lozada aux Etats-Unis. Carlos Mesa, nouveau président par intérim, interrompit les négociations, nous apprend Lagos, ce que tout observateur de l'époque aurait compris: il s'était engagé à l'abandon immédiat du projet afin de ramener le calme parmi la population.

Egalement convié à la présentation de cet ouvrage - intitulé Un futur commun. Chili, Bolivie, Pérou - le prédécesseur de Lagos, Eduardo Frei (président de 1994 à 2000), a indiqué qu'il était normal qu'il y ait des frictions périodiques entre les deux pays, car "les présidents boliviens utilisent le thème de la méditerranéité quand ils se voient confrontés à des problèmes internes." Fermez le ban. Cela étant, Frei préconise une solution au conflit historique: restituer à la Bolivie un corridor souverain jusqu'à Arica, mais en échange d'une compensation territoriale, car, dit-il, la Bolivie n'acceptera jamais une solution qui n'envisage pas la souveraineté. Pas sûr qu'elle envisage davantage un échange de territoires.

Voir sur le même sujet: L'éternel défi de l'accès bolivien à la mer (2009)