La crise au PSOE résumée en 5 minutes

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Le secrétaire général du PSOE, Pedro Sanchez, a démissionné hier soir alors que l'Espagne n'a plus de gouvernement élu depuis plus de neuf mois.

Les élections générales du 20 décembre 2015 ont eu un résultat inédit: la fin du bipartisme espagnol, avec le bon résultat de Podemos, et le résultat correct de Ciudadanos. Aucun parti n'ayant les moyens de former une coalition pour que son leader soit investi président du gouvernement, de nouvelles élections ont eu lieu le 26 juin. Avec un résultat globalement similaire. Pour que le Parti Populaire (droite) puisse se maintenir au pouvoir, il lui faut l'abstention des députés du PSOE lors du vote d'investiture.

Or le PSOE est opposé à cette option, ou tout au moins une partie du PSOE, dont son leader Pedro Sanchez, qui se serait bien vu au Palais de la Moncloa (résidence du président du gouvernement) mais n'était pas non plus en mesure d'obtenir une majorité pour y être élu. La situation laissée par le résultat du 26 juin est donc une nouvelle impasse (on en est là aussi parce que les différents partis sont incapables de faire des compromis, ne mettons pas tout sur le dos de l'électeur), et le chiffon rouge d'une troisième élection générale en un an, finement programmée le dimanche 25 décembre (quoi Noël? osef) est régulièrement agité par le Parti Populaire. Les Cortes (les assemblées représentatives) pourraient s'entendre pour raccourcir la campagne électorale et organiser l'élection à une date antérieure, mais même là-dessus, ça coince.

Dimanche dernier 25 septembre ont eu lieu des élections régionales, en Galice et au Pays Basque. La Galice vote traditionnellement pour le PP et la dernière élection n'a pas manqué à la règle. Mais le PSOE est arrivé derrière son rival de gauche Podemos, ce qui a été également le cas au Pays Basque. Deux cas de "sorpasso" donc, le dépassement du parti "traditionnel" de gauche par un autre parti du même bord, cette perspective horrible pour les socialistes espagnols s'il devait se répéter au niveau national. Si le parti de Pedro Sanchez a remporté des élections locales, les intentions de vote sont régulièrement en baisse au niveau national, l'électeur de gauche étant plus porté sur la pêche, la piscine et le poney quand on lui demande de voter pour réélire les mêmes personnes qui s'avèrent incapables d'assumer leurs responsabilités. On se demande bien pourquoi, franchement, sans doute le climat, comme diraient ceux de mes étudiants de première année pour qui l'Espagne n'existe que l'été et au niveau de la mer.

Donc les perspectives ne sont guère réjouissantes, et les barons locaux, inquiets, sont assez remontés. D'autre part, le Parti est endetté: la perte probable de députés lors d'éventuelles élections en décembre ne ferait qu'aggraver la situation, en réduisant les  revenus du Parti - lesquels ont baissé de 30% depuis l'arrivée de Sanchez-, qui doit tout de même 75 millions d'euros. Au point qu'on évoque l'hypothèse de vendre le siège national situé rue Ferraz, et qu'il y aurait sûrement plein de cadavres à exhumer des placards avant de pouvoir laisser les lieux au nouveau propriétaire: inconcevable. Mieux vaut la situation actuelle qu'une évolution vers moins bien, concluent ceux des socialistes qui savent compter.

Ajoutons à cela que Felipe Gonzalez, l'un des deux présidents socialistes qu'a connus l'Espagne, est monté au créneau cette semaine, affirmant se sentir trompé par Sanchez qui lui avait promis l'absention pour une deuxième tentative d'investiture de Rajoy. Gonzalez, je ne sais pas bien à quel jeu il joue, mais la situation de président avec des casseroles qui brûlent de partout autour de lui, il connait bien, mettons ça sur le compte d'une solidarité transpartisane avec Rajoy.

Dans la foulée, la moitié de l'exécutif du PSOE a démissionné, pour forcer le départ de Pedro Sanchez. Querelle d'exégètes des statuts du parti (sur le thème: s'il n'y a plus de comité exécutif, y a-t-il toujours un premier secrétaire?) et maintien de Pedro Sanchez, donc, caramba, raté, mais convocation d'un Comité Fédéral hier samedi.

Ledit Comité Fédéral s'est donc tenu, longuement, dans une ambiance pas précisément amicale - il a débuté avec 4h de retard et personne ne se mettait d'accord sur rien, ni sur quoi voter, ni sur qui était habilité à voter, ni sur le mode de vote, scrutin secret ou à main levée. Comme quoi, d'un pays à l'autre, les partis socialistes sont frères, et ça se voit. Pour la faire courte, une proposition de Pedro Sanchez (une primaire pour désigner le candidat à la prochaine élection... on ne rigole pas...) a été rejetée par 132 voix contre 107, et comme le dit le journaliste d'El Pais que l'on sent un peu énervé d'avoir passé sa journée à ça, si c'était pour déterminer si Sanchez était majoritaire ou pas, on aurait pu gagner du temps puisqu'on savait déjà qu'il était minoritaire.

Suite à quoi (au vote, pas à l'article d'El Pais, qui pourtant a fait très fort dans un éditorial cette semaine), Pedro Sanchez a démissionné, et le parti a été confié à un comité de gestion provisoire.

L'hypothèse d'une abstention de tout ou partie des députés du PSOE lors d'un vote d'investiture de Mariano Rajoy est donc désormais beaucoup plus plausible, ce qui éviterait les 3èmes élections générales, donnerait le pouvoir à un PP en minorité, et laissera de toute façon des traces dans la société, au-delà de la profonde division du parti.

Bref, cette saison de la version espagnole de House of Cards a tenu toutes ses promesses, vivement la prochaine! (je sors)


Tweet adressé jeudi par @HouseofCards à Pedro Sanchez: des moments comme celui-ci demandent que quelqu'un agisse et fasse ce qui est désagréable, ce qui est nécessaire. Si tu as besoin de moi, envoie-moi un DM.