Journée continentale de la Décolonisation

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Le gouvernement bolivien a instauré ce mercredi 12 octobre la Journée de la Décolonisation, dans le cadre de la Journée Continentale de la Décolonisation prônée par la Communauté Andine des Nations pour "lancer un profond precessus de changement sur tout le continent", dit le site de la présidence bolivienne. Une fête qui tombe à point nommé pour essayer de récupérer l'appui de la population.

Le 12 octobre, anniversaire de la découverte de l'Amérique - c'est-à-dire jour anniversaire de l'arrivée des bateaux de Colomb à une île des Caraïbes - a longtemps été dans le monde hispanoaméricain la Journée de l'Hispanité ou encore celle de la Race (appellation abandonnée en Espagne à la fin du franquisme).

Désormais, en Bolivie, elle sera célébrée comme Journée de la Décolonisation. Sans autre logique que de contrebalancer le souvenir de la rencontre, comme si les 500 ans d'occupation espagnole n'avaient pas existé plus d'une journée. Comme disent les Luthiers à propos de la brillante maxime "ceux qui aujourd'hui sont des enfants, demain seront des hommes": quelle drôle de façon de grandir! Une journée, et ça y est!

Alors que le conflit entre Morales et une partie de sa population - en l'occurrence les Indiens amazoniens, ça fait un moment qu'on n'entend plus parler de Santa Cruz et de ses vélléités d'autonomie, c'est surprenant - est encore matérialisé par des manifestations, et que des contre-manifestations "spontanées" de soutien au président sont convoquées régulièrement, l'instauration de la Journée de la Décolonisation a permis au président de faire un très beau discours rappelant combien les Espagnols ont été méchants. L'ennemi extérieur commun est un thème ultraclassique pour renforcer le sentiment national(iste) et Morales n'a pas fait dans le détail: les Espagnols - rapporte El País - "amenèrent avec eux l'égoïsme, l'individualisme, le sectarisme et le régionalisme, en s'inventant des frontières [...] qu'il n'y avait pas sur notre continent", "pour semer la haine et les affrontements entre les peuples" (avant les Espagnols, les Américains étaient tous des Bisounours. Ils se donnaient tous la main du sud au nord pour faire la ronde et, s'ils l'avaient connu, ils auraient chanté du Maxime Le Forestier) et "mener à bien des politiques de vol et de pillage permanent de nos ressources".

Bon, ce qu'il y a de bien avec Morales, c'est qu'on n'est pas perdus sur le discours, là aussi c'est la résurgence de la légende noire sauce indigénisto-altermondialiste, sauvons la Pachamama mais on va faire une route qui coupe en deux un parc national - territoire indien, même pas peur (et puis c'est le Brésil qui paye).

Le président a donc demandé au peuple de lui donner mandat (non, pas de le réélire) pour créer un nouveau programme d'action gouvernementale (ah?), et tant qu'on y était, d'aller bien voter dimanche aux "élections judiciaires" - les juges sont élus, en Bolivie.

Il n'a donc pas perdu sa journée, ni moi la mienne puisque je viens de découvrir l'existence d'un vice-ministre (en gros, secrétaire d'Etat) en charge de la Décolonisation, au sein du Ministère des Cultures. Par contre, j'ai eu beau aller voir dans "Mission et Vision", je n'ai pas trouvé à quoi il servait. A rebaptiser les places Christophe Colomb en autre chose?

Photo: Le président Morales et son vice-président García Linares,
au milieu des wiphalas, drapeau des Indiens des Andes