Impeachment: session extraordinaire au Congrès brésilien

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Le week-end dernier, le Congrès brésilien a validé la poursuite du procès politique qui pourrait aboutir à la destitution de la présidente Dilma Rousseff. Retour sur cette session extraordinaire.

Il ne vous aura pas échappé que l'actualité brésilienne est brûlante; d'ailleurs même les médias français en parlent, c'est dire si c'est important (un peu en concurrence avec le tremblement de terre en Equateur mais que voulez-vous, on n'est jamais à l'abri d'un impondérable).

Une nouvelle étape vers la destitution de Dilma Rousseff a donc été franchie ce dimanche 17 avril, avec un vote sur la poursuite du processus: 367 députés ont voté pour, 167 contre, nous informe El Mundo, ce qui est déjà rigolo en soi parce que le Congrès compte 513 députés, et que j'en déduis que l'un a voté pour et contre à la fois. Ne riez pas, ça pourrait.

Je n'ai pas suivi en direct la session parlementaire extraordinaire, d'abord parce que je ne maîtrise pas le brésilien, ensuite parce qu'elle a duré de vendredi à dimanche. C'est la plus longue session parlementaire de l'histoire du Brésil, les députés ayant siégé plus de 40 heures, et le vote en ayant pris 5. Mais une journaliste de El País l'a fait, et elle a l'air aussi énervée que je l'étais à l'issue d'un autre procès en destitution, celui du président paraguayen Fernando Lugo en juin 2012 (compte-rendu ici).

Comme dans le cas paraguayen, il semble que la session parlementaire brésilienne ait manqué de fond. Pour l'essentiel, les échanges se sont réduits à des invectives et à la répétition d'arguments primaires et/ou sans rapport avec le motif pour lequel Dilma Rousseff est menacée: le maquillage des comptes publics pour faire apparaître les budgets à l'équilibre, un acte certainement regrettable mais non moins régulièrement pratiqué au Brésil et ailleurs, sans conséquence en général. Mention spéciale à Wladimir Costa, drapeau en cape de superdéputé (sans doute pour compenser son absence à 105 des 125 sessions du Congrès) et pistolet lance-confettis à la main:

Pendant la session, filmée et qui a donné à beaucoup l'envie de profiter du quart d'heure de célébrité warholien, les tractations continuaient, nous dit-on, dans les couloirs. Tant qu'à être hors de l'hémicycle, les représentants du peuple auraient pu en profiter pour lire l'acte d'accusation, mais non.

Puis le vote a eu lieu: à l'appel de son nom, chaque député a eu 10 secondes pour répondre oui ou non et pour ajouter un mot qu'il devait espérer historique. Testons votre sagacité, chers lecteurs: saurez-vous reconnaître dans la liste ci-dessous le commentaire qui n'a PAS accompagné le vote "oui"? Si vous pensez l'avoir trouvé, n'hésitez pas à le soumettre en commentaire sur la page facebook d'Hispanioo.

C'est parti, soyez attentifs (ou allez lire l'article de El País): pour mon épouse Paula / pour ma fille qui va naître et ma nièce Helena / pour mon petit-fils Gabriel / pour la tante qui a pris soin de moi quand j'étais petit / pour ma famille et mon Etat / pour les bonbons, esquimaux, caramels, chocolats /  pour le café / pour Dieu / pour les militaires de 64 (autrement dit, les putschistes) / pour l'anniversaire de ma ville / pour les évangélistes / pour la défense du pétrole / pour les vendeurs d'assurances / pour renouer avec l'Histoire / pour éviter que les enfants apprennent le sexe à l'école / pour les agriculteurs / pour en finir avec la Centrale Unique des travailleurs et ses marginaux / pour qu'on cesse de donner de l'argent aux chômeurs.

Toutes choses dont le rapport direct avec le motif du procès échappe un peu à l'observateur attentif. Au fait, avez-vous trouvé l'intrus?

Ce qui apparaît assez clairement en revanche, c'est que le procès est prétexte à l'expression d'un mécontentement qui, habituellement, n'entraîne pas la chute d'un président par la voie constitutionnelle. Une justification retient particulièrement mon attention: "pour la fin des vols et de la corruption", alors que Dilma a fait autant que possible du ménage parmi les ministres corrompus, et que 60% des membres du Congrès sont poursuivis en justice, la plupart pour des affaires de corruption et/ou d'enrichissement illicite.

Autre donnée amusante, sans rapport avec la corruption, encore que l'un n'empêche pas l'autre: selon une étude de l'université de Brasilia, 49% des députés comptent au moins un membre de leur famille proche en politique (parents, grands-parents, conjoint, enfants ou frères et soeurs).

A l'occasion, il faudra que je vous parle aussi de Michel "Iznogoud" Temer, ci-devant vice-président du pays en attendant mieux.