Honduras et Paraguay: de fortes similitudes

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Il y a trois ans et un jour, le président élu du Honduras, Manuel Zelaya, voyait le jour se lever depuis le Costa Rica. Il avait été tiré de son lit et exilé de son pays par l'armée, sur ordre de la justice. Dans un entretien accordé à BBC Brésil, Manuel Zelaya revient sur les similitudes entre sa destitution et celle de Fernando Lugo, président du Paraguay, la semaine dernière.

Et ça me fait bien plaisir parce que moi aussi, je les trouvais flagrantes, les ressemblances. Et je disais dans ce récent billet que l'opposition au président Lugo avaient suivi de près les événements du Paraguay. Pour Zelaya, la "seule différence" est que l'armée l'a sorti du pays à la pointe des fusils, alors que Lugo n'a pas souffert cette humiliation (là c'est moi qui dis). On sent que son arrivée en pyjama au Costa Rica au matin du 28 juin 2009 l'a marqué.

Pour ce qui est des similitudes, elles sont nombreuses. Un prétexte - un référendum rendu illégal par la justice hondurénienne, un massacre qui provoque un procès politique express au Paraguay - pour déchoir le président, puis la machine constitutionnelle se met en marche. Le second personnage de l'Etat prend les commandes - le président du Congrès, Roberto Micheletti, au Honduras; le vice-président Federico Franco au Paraguay. Tous deux farouches opposants briguant le siège présidentiel. La communauté internationale s'émeut, s'agite beaucoup; l'OEA crie au coup d'Etat (crier, elle fait ça très bien, l'OEA), et rien de tout cela ne perturbe les nouveaux pouvoirs qui s'installent et prennent les manettes les unes après les autres.

Le soulèvement en faveur de l'ex-président Zelaya est immédiat; celui de l'ex-président Lugo plus progressif, car dans un premier temps il a accepté le verdict du Sénat. Mais au bout de vingt-quatre heures la situation est la même: les deux dénoncent un coup d'Etat et cherchent à se rapprocher de leurs partisans, Zelaya en regagnant le pays - où il restera confiné dans l'ambassade du Brésil qui lui accorde l'asile, Lugo en lançant une campagne de proximité à travers le pays. Ah oui, les deux doivent être soumis à la justice ordinaire du pays, Zelaya pour trahison à la patrie, Lugo euh... ils trouveront bien.

Le pays est mis à l'écart sur la scène internationale: suspendu de l'OEA pour le Honduras, suspendu du Mercosur (et probablement bientôt de l'Unasur) pour le Paraguay. Les nouveaux présidents ne sont pas reconnus par la communauté internationale.

Si le nouveau président du Paraguay suit le modèle hondurénien, il n'a pas trop de souci à se faire. Le Mercosur a annoncé renoncer à des sanctions économiques pour ne pas pénaliser la population. Il suffit donc de tenir sur les arguments juridiques et d'attendre que tout le monde se lasse. Au Honduras, le président Porfirio Lobo, élu sous un régime d'état de siège (vous imaginez une campagne électorale pendant un état de siège?), a tranquillement pris ses fonctions le 27 janvier 2010, et la communauté internationale a considéré que la situation était normalisée. L'OEA a postérieurement réintégré le pays. Zelaya, qui a finalement pu regagner le pays après l'abandon des poursuites judiciaires à son encontre, essaye d'exister au sein de son parti Liberté et Refondation du Honduras (Libre), dont sa femme Xiomara Castro portera probablement les couleurs lors de l'élection présidentielle de novembre 2013. Lugo, lui, songe à poursuivre sa vie politique en se présentant à des élections. Il évoque le Sénat, ou encore la présidentielle, mais ça c'est probablement pour crisper ses adversaires parce que la Constitution ne le permet vraiment pas.

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