FacePopular, le Facebook bolivarien

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Un nouveau réseau social a vu le jour mardi 9 juillet en Argentine. Il s'appelle FacePopular, "Front Alternatif Contre l'Establishement", et il se veut l'alternative latinoaméricaine à un certain Facebook.

L'ouverture de ce nouveau service a eu symboliquement lieu le 9 juillet, fête nationale argentine, avec un objectif ambitieux: être d'ici un an le réseau social le plus utilisé dans le pays. Ce réseau se veut "latinoaméricain", destiné aux hispanophones (quid des Brésiliens?), "pensé et conçu sous nos propres paramètres et standards", précise le site, qui dénonce pêle-mêle les conditions "restrictives et arbitraires" des principaux réseaux sociaux du monde, leur énorme pouvoir médiatique et économique, et les biais à la libre diffusion de l'information.

FacePopular n'aura rien à voir avec cela, assure son promoteur, Luis d'Elía, ancien allié des Kirchner et qui dirige la Red Popular, un conglomérat de médias numériques qui vise à l'intégration technologique des pays de l'UNASUR.

FacePopular

(Avouez que "je viens vous proposer un rêve" c'est autre chose que "Exprimez-vous")

Adapté à la culture latinoaméricaine, FacePopular propose des "j'aime" et des "je n'aime pas", mais pas d'émoticons. En revanche il y a des émoperons, du nom de l'ancien président populiste argentin, qui reprennent des figures connues des Latino-américains: Perón lui-même, sa femme Eva, ainsi que Bolivar et San Martin, les grands hommes de l'indépendance du continent. (Information disponible dans l'argumentaire commercial révolutionnaire, mais j'avoue ne pas avoir réussi à envoyer un émoperon.)

Le lancement profite du rejet des technologies étasuniennes qu'ont provoqué les révélations d'Edward Snowden sur le programme d'espionnage PRISM. La ministre vénézuélienne en charge des Affaires Pénitenciaires a ainsi appelé ses compatriotes à quitter Facebook. La possibilité de se connecter à FP via le réseau de Zuckenberg, ainsi que celle de publier via FacePopular tant sur Facebook que sur Twitter, contribuera certainement à la notoriété et la popularité du nouveau réseau, mais me paraît peu compatible avec la philosophie du réseau alternatif.

FacePopular est hébergé sur des serveurs argentins spécialement sécurisés, son code est open source et il migrera prochainement sous Huayra Linux, une version de Debian développée par le Centre Nacional de R&D de Technologies Libres d'Argentine destinées au monde éducatif.

Il faudra suivre la montée en puissance de ce nouveau réseau: préfigure-t-il, à l'image des nombreux Cola alternatifs au Coca Cola, une fragmentation des réseaux sociaux après une phase de concentration?