Espagne et Brésil mettent fin à la "guerre des rapatriements"

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L'Espagne a enfin accepté d'alléger les conditions d'entrée sur son territoire des ressortissants brésiliens. Leur durcissement avait entraîné nombre de rejets et de rapatriements immédiats. Il y a deux mois, le Brésil avait officiellement adopté la réciprocité des procédures comme mesure de protestation.

Quoi qu'en en dise, l'Espagne a un lien indéfectible avec les pays d'Amérique Latine. Sans aller plus loin, les migrants espagnols qui y partirent au siècle dernier, pour des raisons politiques ou économiques, furent accueillis à bras ouverts. Le président bolivien Evo Morales a d'ailleurs évoqué ce fait plusieurs fois, notamment en 2009 à Copenhague, au Sommet sur le changement climatique, en dénonçant la politique de "retours" du Parlement Européen. Nombreux sont les enfants et petits-enfants de ces Espagnols qui visitent périodiquement leur famille sur le Vieux Continent.

Mais en 2008, alors que la crise n'était pas encore perceptible, l'Espagne a adopté à l'encontre des ressortissants extracommunautaires, y compris les Latinoaméricains, certaines exigences du Traité de Schengen qui ne sont pas mises en oeuvre dans tous les pays. On arrivait donc à cette situation curieuse dans laquelle il était plus complexe pour un descendant d'Espagnol de visiter sa famille en Espagne que d'aller faire du tourisme en France, par exemple. Le touriste brésilien devait présenter son billet de retour, la confirmation de réservation d'un hôtel ou une lettre d'invitation du particulier qui devait l'héberger, et la preuve de ses capacités économiques à couvrir ses frais lors du séjour.

Et dès lors, des dizaines de Brésiliens se sont vu refuser l'entrée sur le territoire espagnol, particulièrement à l'aéroport de Madrid-Barajas. Certains cas particulièrement émouvants ont soulevé l'ire de l'opinion publique brésilienne: la mère qui accourt au chevet de sa fille hospitalisée et se retrouve bloquée et interrogée pendant des heures, le justificatif émis par l'hôpital n'étant pas pris en compte. Ou cette grand-mère de 77 ans, rendant visite à sa fille et son gendre, et qui a passé trois jours à l'aéroport avant son rapatriement. Sa famille, étant en situation irrégulière, n'avait pu fournir la lettre d'invitation.

Début avril, le Brésil a donc annoncé que les touristes espagnols - et seulement espagnols, pas les autres européens - devraient présenter pour leur entrée au Brésil les mêmes documents: billet de retour, lettre d'invitation certifiée devant notaire ou réservation d'hôtel, la preuve de ressources économiques équivalant à 80€ par jour de séjour. Mais bien avant cette date, les fonctionnaires des douanes se montraient bien plus tâtillons. Et l'Espagne commençait à s'inquiéter pour les jeunes qui migrent désormais par centaines au Brésil pour y trouver du travail.

L'Espagne a donc jeté l'éponge, et la visite de Juan Carlos au Brésil a été l'occasion d'annoncer un allègement des conditions d'accès: la lettre d'invitation disparaît, il suffit de fournir le nom et l'adresse de son hôte - ce qui est le cas dans nombre de pays (au hasard, la Colombie, l'Argentine, et Cuba si je me souviens bien). Les deux pays annoncent également une "communication directe" au niveau consulaire pour prêter assistance à leurs ressortissants bloqués dans les aéroports.

Une bonne nouvelle donc, mais "sur le papier", nuance La Vanguardia, qui rappelle que d'autres accords bilatéraux sur le même sujet n'ont jamais été appliqués, et qui attend de juger sur pièces. Par ailleurs, aucun aménagement des critères d'admission n'est prévu pour les Mexicains, qui connaissent le même problème... mais qui n'ont pas mis en place de mesure de réciprocité.