En Espagne, les travailleurs locaux reprennent le chemin des serres

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A Huelva, capitale européenne de la fraise, les agriculteurs organisent la saison de plantation du petit fruit rouge, qui intervient en octobre-novembre. Pour la deuxième année consécutive, ils n'auront pas recours à la main d'oeuvre étrangère sous "contrat en origine".

Jusqu'en 2010, l'industrie de la fraise aura recruté ses travailleurs - ou plutôt ses travailleuses - essentiellement à l'étranger. Les conditions de travail et de salaire sont telles dans ce secteur que les Espagnoles évitaient d'y postuler.

La crise économique a renversé la tendance. 2008 a été la dernière année du succès massif du "contrat en origine" (un recrutement dans le pays d'origine, pour une période donnée, avec obligation de retour) avec près de 40.000 travailleurs ainsi embauchés.

Pour la deuxième année consécutive, le recrutement à l'étranger est interdit par le gouvernement de la province de Huelva (l'équivalent du Conseil Général mais avec d'autres attributions). Ce département recense plus de 58.000 demandeurs d'emplois: les 5.000 personnes dont l'activité de la fraise a besoin pour la saison de plantation y seront donc recrutées. Il s'agira pour l'essentiel de nationaux, mais aussi de travailleurs étrangers en situation régulière, parmi lesquels des travailleurs roumains. 1.700 d'entre eux ont déjà déposé un dossier.

Des 78.000 travailleurs temporaires recrutés cette année dans l'agriculture locale, moins de 3% l'ont été "en origine". Le modèle productif de Huelva, qui consiste à importer le travail sans le travailleur, et que l'Europe entière regardait avec intérêt, semble bien s'essouffler en temps de crise.

A lire aussi: un (bref) travail de sociologie sur le texte de Dolores Redondo Toronjo: Recruter des étrangères pour l'agriculture espagnole - De la Pologne au Sénégal en passant par Huelva, réalisé dans le cadre de mon Master 2 de Géographie.

Photo: Traaf, licence CC