Destitution de Lugo: le Venezuela s'est-il immiscé dans les affaires intérieures paraguayennes?

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Le ministre des Affaires Etrangères vénézuélien a dû reconnaître s'être entretenu avec l'armée paraguayenne quelques heures avant la destitution de Fernando Lugo. Cette information avait été révélée, vidéo à l'appui, par la nouvelle ministre de la Défense paraguayenne.

Dans les "néoputsch" et autres tentatives récentes de changement de présidents, il y a toujours un épisode insolite. En 2002, lors de la tentative de coup d'Etat contre Chavez, citons la visite préliminaire de Pedro Carmona, patron des patrons, qui allait s'autoproclamer président, à l'ambassade des Etats-Unis. Ou en 2009, alors que l'armée boutait le président Zelaya hors du pays, l'escale de son avion sur une base militaire américaine. Dans un genre différent, nous avons dans le cas du Paraguay une visite de courtoisie de Nicolás Maduro, ministre des Affaires Etrangères d'Hugo Chavez, à de hauts responsables de l'armée paraguayenne, seulement quelques heures avant la session du Sénat au cours de laquelle la destitution de Lugo a été adoptée.

On s'en souvient, un certain nombre de représentants des pays de l'Unasur avait précipitamment quitté Rio le 21 juin dernier pour se rendre au Paraguay en pleine crise politique. Parmi eux, le toujours très actif Nicolás Maduro, dont les commentaires jugés peu diplomatiques ("atteinte aux institutions démocratiques", "coup d'Etat parlementaire") ont été considérés par les élus paraguayens comme une intromission dans les affaires intérieures. A tel point que la Commission des Affaires Extérieures du parlement paraguayen l'a déclaré persona non grata dans le pays.

Le nouveau pouvoir du Paraguay accuse Maduro d'avoir rencontré de hauts responsables militaires pour leur demander de soutenir le cas échéant le président Lugo contre le Sénat. Maduro a dans un premier temps nié la rencontre, mais une vidéo est venue la confirmer fort opportunément. Cependant, cet enregistrement ne comporte pas de bande sonore, ce qui prête à l'amusant exercice de "mais que se sont-ils donc dit".

Le toujours téméraire et ô combien diplomate secrétaire général de l'Organisation des Etats Américains, José Miguel Insulza, a déclaré que cette visite était "très étrange" mais que c'était aux gouvernements du Venezuela et du Paraguay de tirer l'affaire au clair. Comme les Paraguayens considèrent que le Mercosur leur a fait un enfant dans le dos en intégrant le Venezuela - candidat depuis plusieurs années, mais dont l'adhésion était précisément bloquée par le Congrès paraguayen - alors qu'eux-mêmes étaient bannis du sommet, la conversation risque - si elle a lieu - de ne pas se faire dans les meilleures conditions.