Comment se faire des amis (en Uruguay), par N.S., président

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Les déclarations du président français sur les paradis fiscaux - citant l'Uruguay - lors du G20 ont ému et révolté une bonne partie de la classe politique uruguayenne et au-delà.

Vendredi, lors de son discours final, le président français a cité une liste de paradis fiscaux dans laquelle il a inclus l'Uruguay, précisant « les paradis fiscaux, nous n'en voulons plus » et menaçant de les mettre au ban de la communauté internationale. (Voir la vidéo) L'Uruguay a immédiatement réagi en rappelant son ambassadeur pour consultation, action classique pour marquer diplomatiquement son désagrément.

Parallèlement, les déclarations se sont succédé et le président français s'est fait plein d'amis dans ce sympathique petit pays latinoaméricain qu'est la République Orientale d'Uruguay.
Le ministre de l'Economie a clamé son « indignation » et rappelé que l'Uruguay a signé en 2009 et ratifié en 2010 un traité visant à l'échange d'information fiscale avec la France.
Le vice-président, Danilo Astori, a qualifié les propos de Sarkozy de « lamentables », « typiques d'une mentalité impériale ou coloniale, outre la maladresse politique qui caractérise monsieur Sarkozy quand il fait référence à des expériences internationales ». Et hop, rhabillé pour l'hiver, il y aura même du rab de tissu pour les langes de la petite : le président français a démontré « qu'il ne connaît pas la réalité fiscale de l'Uruguay, parce que s'il la connaissait, il ne pourrait en aucun cas affirmer que l'Uruguay est un paradis fiscal ». Parler sans connaître ? Allons donc.

Bel effet collatéral : l'unité nationale contre les propos français. Pour le Partido Colorado, ceux-ci ne correspondent pas à une « relation d'amitié et de respect réciproque ». Pour le Partido Blanco, ils sont condamnables à tout point de vue. En prime, coup de pied de l'âne, Sarkozy n'a pas autorité pour faire ce genre de déclarations avec le bazar qu'il a dans son économie, explique en substance le sénateur Sergio Abreu.

La consternation (pour le dire gentiment) s'étend : le secrétaire de l'ALADI, l'Association Latinoaméricaine d'Intégration - dont j'ignorais qu'elle survécût encore -, l'ex-président argentin Carlos Álvarez, a également rejeté - quoiqu'à titre personnel - les accusations sarkozyennes (sans H) : « les déclarations du président français ont constitué une agression absolument injustifiée qui confine au style colonialiste le plus rance ». D'ailleurs, les menaces d'exclusion de l'Uruguay appellent « le rejet et l'indignation de tous et particulièrement des Latinoaméricains ».

C'est formidable tout ce que la France fait pour l'intégration latinoaméricaine.

Et le porte-parole du ministère français des Affaires Etrangères joue les pompiers de service...