Cobra, le polar sur la cocaïne

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Le dernier ouvrage de Frederick Forsyth, sorti en 2010 aux Etats-Unis, aborde la question du trafic de cocaïne. Forsyth écrit bien, on apprend toujours des choses dans ses bouquins, alors: quid du narcotrafic colombien vu par lui?

Le décor en deux mots: le nouveau président des Etats-Unis - Obama bien sûr - décide de partir en guerre contre la cocaïne, comme ça, paf, un beau matin, parce que le petit-fils d'une des employées de la Maison Blanche est mort d'une overdose, que c'est bien triste tout ça et qu'il sent son sang rouge bouillir sous sa peau noire en pensant à toute cette belle jeunesse détruite par la poudre blanche. Voilà le décor.

L'action: on charge un ancien de la CIA - la tendance ces dernières années est à faire bosser les retraités, je ne sais pas si vous avez remarqué? Notamment au cinéma - d'étudier la question, il l'étudie, il dit que oui il peut venir à bout du narco si on lui donne deux milliards, les pleins pouvoirs et la possibilité d'agir sans en référer à personne. Là, c'est la partie où les muscles jouent.

Donc le Cobra - car c'est de lui qu'il s'agit, si vous cherchiez un rapport logique entre un serpent asiatique et l'Amérique du Sud vous avez perdu - réunit son équipe de retraités - les seuls qui savent, les autres exécutent -, monte des plans machiavéliques, pif paf pouf, il coupe la route des approvisionnements vers les Etats-Unis et l'Europe, les crocos commencent à se manger entre eux mais ça fait des morts sur le territoire américain et ça le président ne peut pas l'accepter, donc on arrête tout et c'est bien dommage.

Attention spoiler: Ne pas lire ce paragraphe si vous comptez lire le bouquin

Puis le Cobra, vexé (je suppose) tente de doubler son pays en revendant au chef du cartel colombien 145 tonnes de cocaïne saisies sur les bateaux, mais son adjoint le découvre (il assiste à la destruction de 145 tonnes de bicarbonate de soude), le Cobra est tué, et l'honneur du drapeau à étoiles est lavé. Bah ça reste la grande Amérique, même si Forsyth est britannique.

Sur le fond. Comme toujours chez cet auteur, les faits réels sont bien documentés, mais la mise en place est assez laborieuse et le style est moins fluide que ce à quoi Forsyth nous a habitués. La ficelle de "le président des States veut un rapport de 10 pages sur le trafic de cocaïne pour les nuls" est juste un peu grosse.

Alors, qu'est-ce que le bouquin apporte? Pour ce que je connais, l'historique des cartels colombiens est assez bien restitué; la description de l'élaboration de la drogue et des filières d'exportation est relativement juste (pour la première, la pâte-base est par moments confondue avec le produit fini; pour les secondes, il manque certaines techniques amusantes, comme transformer la cocaïne en une espèce de caoutchouc et l'exporter sous forme de combinaisons de plongée, ou encore en imprégner le tissu de fauteuils et canapés). La fiction commence, pour la partie colombienne, avec l'apparition d'un super-cartel, la Fraternité, qui chapeaute tous les autres.

La documentation relative aux maras du Salvador fait état d'une histoire différente de celle que j'ai pu lire dans des bouquins spécialisés; c'est l'hagiographie alternative, également mentionnée par Wikipédia; quant aux cartels mexicains, on note un manque de connaissances sur les Zetas, présentés comme une simple "bande de voyous" au service du Cartel du Golfe - ils en étaient les exécuteurs voilà quelques années mais ils sont depuis un cartel à part entière... et issus pour un certain nombre d'entre eux des troupes d'élites des armées guatémaltèques et mexicaines.

Le lecteur avide de détails sur des avions anciens, des opérations coup-de-poing des forces spéciales et la victoire des gentils trouvera son compte dans ce roman, qui se lit bien. Mais pour ce qui est de s'instruire tout en se divertissant, Cobra ne détrônera pas l'ancien mais excellent Les Aigles noirs, de Larry Collins, axé sur la figure du général Noriega, lequel devrait être tout prochainement extradé par la France vers le Panama.

Frederick Forsyth, Cobra, Albin Michel, 2011