Chevron devra payer

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Une cour d'appel des Etats-Unis a annulé un jugement contraire: à l'heure actuelle, Chevron devra donc payer les indemnisations décidées par un tribunal équatorien pour la pollution massive entraînée par son exploitation pétrolière dans le nord du pays andin.

Chevron ne veut pas payer et tous les moyens sont bons pour y échapper. Elle a eu recours à tellement de subterfuges que ça ferait un bon bouquin à la Grisham de les évoquer tous.

D'abord, dire qu'elle n'était pas responsable: la pollution de près de 500.000 hectares a eu lieu dans les années 60, 70 et 80, c'était la Texaco qui opérait dans le secteur, et Chevron ne l'a rachetée qu'en 2001. Raté: la bataille légale a commencé il y a 17 ans, donc en rachetant Texaco Chevron acceptait d'assumer les risques.

Ensuite dire que la Texaco n'était pas responsable non plus, puisque c'était un partenariat public-privé avec la compagnie nationale de pétrole, eh ben c'est la faute aux Equatoriens et puis c'est tout.

Contester les expertises, puis les experts. Contester la tenue du procès aux Etats-Unis plutôt qu'en Equateur, puis en Equateur plutôt qu'aux Etats-Unis. Essayer de faire tomber le juge en lui tendant un piège et en hurlant à la corruption. Puis, dernièrement, en appeler à un tribunal américain pour bloquer la demande d'indemnisation de  8 milliards de dollars à laquelle elle a été condamnée à l'issue du procès (selon les sources, on trouve aussi les chiffres de 9.5 ou 18. 18, ce doit être avec les pénalités de retard...). Un juge de New York, le ci-devant Lewis Kaplan, a validé la demande de Chevron, avant que la Deuxième Cour Fédérale d'Appel n'annule le jugement. Laisser un juge états-unien empêcher l'accomplissement d'une peine décidée par un tribunal étranger aurait pu créer un fâcheux précédent. Je te crois, et en prime si tous les autres pays prenaient des mesures de rétorsion du même ordre, des ressortissants états-uniens et un paquet de compagnies pourraient être embêtées.

Bref, la cour d'appel a tranché: Chevron va devoir se trouver un autre prétexte si elle veut éviter de payer.

Retrouvez l'historique de l'affaire sur Courrier International et le portrait de Pablo Fajardo, l'enfant de Sucumbíos devenu avocat, qui a fait plier la Texaco dans El País