Castellón, les paralytiques cérébraux et le chocolat du perroquet

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Castellón de la Plana, 180.000 habitants, capitale de la province éponyme, cherche comme d'autres - plus que d'autres serait nécessaire - à économiser. L'aide au transport des paralytiques cérébraux a donc, à ce titre, été supprimée. Ce qui m'amène au chocolat du perroquet.

C'est au mois d'avril que la mairie de  Castellón a décidé le retrait de l'aide accordée aux paralytiques cérébraux - ils souffrent un handicap moteur dû à un problème cérébral - mais l'information, fort courte, n'a eu l'heur d'attirer l'attention qu'hier. Il faut dire qu'une association de handicapés a jugé bon d'en parler un 14 août, après la fin des Jeux Olympiques certes, mais pas forcément au meilleur moment pour une reprise de l'information. Mais passons.

La ville a donc décidé de demander aux paralytiques une participation pour leurs déplacements par transport spéciaux: trois euros par trajet, un abonnement de 15 à 60 euros par mois pour un usage fréquent. Grâce à cette mesure - attachez les ceintures de vos fauteuils roulants - la ville espère économiser environ vingt mille euros par an.

20.000 EUROS.

Enorme non? Il faut dire que sur la province (c'est-à-dire le département) il y aurait près de deux mille cinq cents de ces handicapés - le département accueille 600.000 personnes, la ville moins du tiers, en admettant que TOUS ces dangereux handicapés (dangereux pour le budget municipal s'entend) vivent en ville, c'est énorme. Pour le budget. Lequel, proposé au vote le 22 décembre 2011, s'élevait à 156.550.083,29 euros (oui oui, plus de 156 millions).

En France, le dicton veut qu'il n'y ait pas de petites économies, à quoi l'Espagnol répond que c'est le chocolat du perroquet. Cette expression est utilisée pour désigner une économie minime dans un contexte de dépenses ruineuses (merci Kalipédia). Elle nous vient du Siècle d'Or, période de prospérité folle grâce aux richesses des Indes, à laquelle il était de bon ton d'offrir une tasse de chocolat à ses visiteurs pour les honorer. Lorsqu'une famille d'indianos - les Espagnols ayant cherché fortune en Amérique et qui souvent ramenaient un perroquet dans leur malle - se voyait contrainte de réduire ses dépenses, plutôt que de limiter son fastueux train de vie, elle retirait au perroquet ses graines de chocolat, en général de piètre qualité. Ce qui avait sur son budget sensiblement le même effet qu'une cautère sur une jambe de bois.

Castellón garde donc sa brillante réputation - son ancien maire, Alberto Fabra, est devenu président de la région lors de la démission de Francisco Camps, soupçonné de corruption et pas qu'un peu - et son aéroport fantôme (coût: 150 millions), donné en exemple dans tous les articles sur le thème "ceux qui ont ruiné l'Espagne" et qui accueille une statue de 24 mètres à la gloire du président de la province et instigateur du projet, Carlos Fabra. Une statue qui a coûté à la population 300.000 euros: l'équivalent de quinze ans d'économies sur le déplacement des paralytiques cérébraux.

Mais il faut bien commencer par quelque chose, n'est-ce pas?