Brésil: quand l'armement va, tout va

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L'économie latino-américaine va plutôt bien, mais les dirigeants des différents pays anticipent les répercussions potentielles des crises états-unienne et européenne, et s'emploient à booster l'industrie locale. C'est dans ce but que Dilma Rousseff vient de dispenser l'industrie d'armement brésilienne de plusieurs impôts, et ce pour une période de cinq ans.

Une "mesure nécessaire et stratégique", a exposé la présidente, alors que le développement de l'industrie militaire nationale est une des priorités du Plan de Défense adopté en 2008. Assurément, cette suppression de l'IPI (impôt sur les produits industrialisés, variable selon le produit, mais autour de 10% selon le seul chiffre que j'ai trouvé), du PIS/PASEP (impôt pour le programme d'intégration sociale et la formation du patrimoine du serviteur public, entre 0.65 et 1.65%) et du Cafins (financement de la sécurité sociale, deux taux: 3% et 7.6%) sur les pièces, les composants, les équipements, les facteurs de production, les matières premières et les services utilisés par les "entreprises de défense" reconnues comme telles par le gouvernement va rendre la production nationale plus compétitive. 

La mesure a déjà été approuvée par le parlement, elle doit encore passer par le sénat avant d'être ratifiée par la présidente; mais enfin les aspects positifs sont évidents: le soutien apporté à un secteur de l'économie susceptible de créer des emplois, alors que l'industrie est l'activité économique la plus touchée par le ralentissement mondial, et la fierté d'avoir des armes bien de chez soi pour se battre. Seul un petit parti d'opposition, le Parti Populaire Socialiste (parlez d'un nom!) trouve à redire au fait que cette ristourne fiscale concerne toutes les armes, y compris les bombes à sous-munitions.

Notre point "c'est pas sorcier": une BASM, comment ça marche.

Car le Brésil fait partie de ces pays qui continuent à produire des BASM - leur petit nom -, n'ayant pas ratifié le traité de 2008. Donc non seulement le Brésil continuera à en produire, mais pour moins cher, ce qui ne manquera pas d'attirer le chaland. Dame, pouvoir tuer trois manifestants/opposants/pas amis (explosez les mentions inutiles) pour le prix de deux, c'est aussi à ça qu'on reconnaît un dirigeant qui gère les comptes de la nation en bon père de famille. Et comme, pour faire bon poids, l'enseignement et la recherche ont reçu les mêmes exemptions (deux jours plus tard, il y a des priorités politiques), les Brésiliens vont pouvoir aussi développer et exporter de la prothèse. Avouez que c'était bien pensé.

Au passage, depuis que l'Inde a déclaré son intérêt pour le Rafale, les Brésiliens se disent qu'après tout cet avion n'est pas si mal, et au vu des transferts de technologie envisagés dans les contrats, d'ici quelques années ils pourront produire du Rafale made in Brasil bien meilleur marché que les avions français.