Brésil: le processus de destitution de Dilma Rousseff est enclenché

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Ce mercredi 3 décembre, une demande de procès en destitution contre Dilma Rousseff a été jugée recevable. Derrière cette décision, du billard à trois bandes sur fond de sauve-qui-peut politique.

Mercredi 3 décembre, le président de la Chambre des Députés du Brésil a annoncé avoir accepté une demande de procès en destitution contre la présidente Dilma Rousseff. Des 28 demandes à avoir été déposées contre Rousseff, il a choisi celle qui dénonce des manoeuvres fiscales irrégulières visant à équilibrer artificiellement les comptes publics. Présentée par plusieurs juristes, dont l’un du Parti des Travailleurs - celui de la présidente -, cette demande faisait initialement référence à des faits remontant à 2014, ce qui correspond au précédent mandat de Dilma Rousseff et est de ce fait prescrit; mais les plaignants ont ajouté une annexe concernant l’année en cours.
 
Une commission composée de députés émanant de tous les partis représentés au Parlement doit maintenant étudier le dossier, entendre la défense de Dilma Rousseff et rendre un rapport favorable ou défavorable à la destitution. Si la commission considère qu’il y a un délit de responsabilité, le Parlement devra voter (je vous fais grâce des détails du processus). Si une majorité des deux tiers valide le délit, l’affaire passe alors au Sénat qui aura le dernier mot, là encore avec une majorité des deux tiers. Pendant que le Sénat étudie la question (il a 180 jours pour le faire), la présidente sera écartée de ses fonctions, et définitivement remplacée par le vice-président si le Sénat confirme l’accusation.
 
Je vous résume: au Brésil ça prend du temps (ça peut durer 6 mois, contrairement au Paraguay où la destitution de Lugo a pris moins de 48h) mais ça va être un sacré bazar.
 
Comment en est-on arrivés là? L’économie s’effondre (la chute du PIB devrait s’établir à 3,19% pour 2015, et à 2,4 en 2016), les Brésiliens protestent (et les JO de 2016 ne vont rien arranger), des scandales de corruption à tout va ont décrédibilisé la classe politique, mais le déclencheur ultime est un règlement de comptes de la part du président du Parlement.
 
Eduardo Cunha est un ultraconservateur, membre du Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (centriste), fervent évangéliste appuyé au Congrès par ses nombreux coreligionnaires. Il est habile, machiavélique, puissant, mais pas précisément le chevalier sans reproche qu’il aimerait faire accroire. Les premières accusations contre lui remontent à l’année 2000, quand il a été démis d’une responsabilité publique pour fraude.
 
Il est sur la sellette depuis des mois: il est mis en cause dans l’affaire Petrobras, et sur des comptes en Suisse aux noms de sa femme et sa fille, on a trouvé près de 4 millions d’euros qui proviendraient de pots-de-vins liés à Petrobras. Peu de temps avant cette révélation, Cunha assurait ne pas avoir de comptes à l’étranger ("les yeux dans les yeux, senhor Bourdinho, je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte en Suisse » - citation à peine apocryphe).
 
Voilà près de six semaines que la Commission d’Ethique du Parlement doit se pencher sur son cas, mais Cunha avait habilement fait comprendre que tant qu’on ne l’attaquerait pas, il n’attaquerait pas la présidente. Or la commission doit enfin se réunir le 8 décembre, et les trois députés du Parti des Travailleurs, dont le vote sera clé, ont fait savoir qu’ils voteraient en faveur de la destitution de Cunha.
 
Lequel a donc pris les devants en lançant l'offensive contre Dilma Rousseff. Comme l’a récemment déclaré le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy - commentant en direct un match de foot à la radio, dans le cadre de la campagne électorale -: « il n’y a pas de meilleure défense qu’une bonne défense ».
 
 
Sources