Avortement: l'Espagne retourne à 1985

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Mariano Rajoy l'avait évoqué durant la campagne électorale: il entendait bien revoir la nouvelle loi sur l'avortement adoptée en mars 2010 sous le gouvernement socialiste. Elu, il dévoile son projet: retourner à la loi de 1985.

L'avortement est légal en Espagne depuis 1985 dans trois cas spécifiques: si la grossesse est due à un viol, en cas de malformation du foetus ou si mener la grossesse à terme entraîne un risque pour la santé physique ou psychique de la mère. De fait, c'est ce dernier élément qui était le plus souvent allégué dans les demandes d'avortement.

En 2010, le gouvernement Zapatero a mis en oeuvre une réforme promise dès le premier mandat mais différée face aux violentes mobilisations de la droite traditionnaliste et de l'Eglise catholique. Une  femme souhaitant avorter peut désormais le faire jusqu'à la quatorzième semaine de grossesse, sans justification; jusqu'à la vingt-deuxième en cas de graves problèmes physiques ou mentaux du foetus ou de risque pour la mère. En outre, la nouvelle loi permet aux mineures âgées de 16 ou 17 ans d'avorter sans devoir recueillir l'autorisation parentale.

Patatras: le nouveau ministre de la Justice - jusque là maire de Madrid -, Alberto Ruiz Gallardón, a allégué que la loi de 2010 avait été adoptée "sans consensus". Et donc en substance, que le gouvernement populaire reviendrait à l'état de fait antérieur.

Alors que la situation économique est calamiteuse et les prévisions moins optimistes qu'espéré, Mariano Rajoy peut envoyer un signal fort à son électorat en réduisant les droits des femmes. Mais s'il escompte engranger un soutien franc et massif de la droite traditionnaliste, il commet une grave erreur: l'Eglise catholique a planté les crocs dans l'échine de l'Etat espagnol il y a des décennies et n'entend pas la lâcher. L'archevêque de Valladolid critiquait  il y a quelques jours le choix de la numéro 2 du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, pour "annoncer" la Semaine Sainte - être pregón est une responsabilité honorifique attribuée par le maire et non la hiérarchie catholique, et qui consiste à ouvrir la Semaine Sainte par un discours dans la cathédrale ou l'église de la ville -, au motif qu'elle ne s'est pas mariée religieusement mais seulement au civil.