En Amérique Centrale, l'autre crise des migrants

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Alors que l'Europe est en pleine crise face aux migrations massives en provenance du Moyen-Orient et d'Afrique, l'Amérique Centrale est confrontée à un flux croissant de migrants cubains tenant de rejoindre les Etats-Unis. Les uns après les autres, les pays de l'isthme ferment leurs frontières, laissant des milliers de personnes sans solution.

Un an après le dégel des relations entre Cuba et les Etats-Unis, l'île caraïbe est confrontée à sa plus importante crise migratoire des dernières années. Nombre de Cubains craignent que les changements dans le pays ne prennent des années, et qu'en revanche la nouvelle donne n'amène leur voisin étatsunien à revoir la Loi d'Ajustement Cubain. Cette loi de 1966, plus connue sous le nom de "pieds mouillés, pieds secs" concède la résidence à tout citoyen cubain posant le pied sur le sol des Etats-Unis. Et la reprise annoncée des vols commerciaux directs entre l'île et le voisin continental devrait accélérer le processus de révision.

Les Cubains n'ont pas attendu cette annonce pour entamer leur odyssée américaine. Ceux qui le peuvent passent par le Mexique, mais beaucoup transitent par l'Equateur, qui n'imposait pas de visas à ces voyageurs. Le pays andin a d'ailleurs dû revenir sur cet état de fait: depuis le 1er décembre, les Cubains doivent solliciter un visa touristique qui leur coûte 30 dollars et leur permet de séjourner 90 jours dans le pays. Pour celui-ci, c'est une manière de freiner les flux entrants.

D'Equateur, où l'on calcule que plus de 40.000 Cubains sont arrivés au cours des dernières années, il faut donc aller vers le nord. Des réseaux amènent les migrants au Panama par la mer ou via la Colombie, suite à quoi ils doivent continuer à avancer à travers le Costa Rica, le Nicaragua, le Honduras, le Guatemala et le Mexique (BBC Mundo a d'ailleurs publié le récit d'un groupe de migrants). Mais depuis près d'un mois, les frontières se ferment devant les Cubains. 

Jusque là, le principe constistait à pousser le plus vite possible les migrants cubains à la frontière du voisin du nord. Seulement voilà, le 14 novembre, le Nicaragua du camarade Ortega - grand défenseur de l'humanité mais seulement après son intérêt personnel - a bloqué l'accès à 800 de ces voyageurs. L'argument? Le comportement irresponsable du Costa Rica qui utiliserait ces personnes pour l'envahir. Le motif de fond? Probablement la guéguerre qu'il mène activement contre le Costa Rica depuis des années (et dans laquelle il a tout récemment perdu une bataille portée devant la Cour Internationale de Justice de La Haye). En attendant, avec 150 arrivées quotidiennes à sa frontière nord, le petit pays tico assume comme il le peut la présence de cinq à six mille Cubains ainsi coincés.

Le Costa Rica multiplie donc les négociations diplomatiques pour permettre à ces migrants de passer vers les Etats-Unis. Il a demandé l'ouverture d'un corridor humanitaire - refusé - puis proposé leur transfert par avion au Guatemala ou au Belize, le Mexique étant prêt à laisser passer les Cubains sous réserve qu'ils arrivent par voie terrestre, ne me demandez pas pourquoi, ça tient peut-être au fait que les Mexicains disent rarement non, mais que ça ne veut pas dire oui pour autant.

Moyennant quoi, le Guatemala a répondu qu'il ne voyait pas pourquoi il favoriserait le passage des Cubains quand les Etats-Unis déportent ses propres citoyens sans-papiers, Kamoulox. Le Belice a également décliné, argumentant que la solution devait être régionale et non bilatérale (recule de trois cases et relance le dé).

Le Panama de son côté s'est engagé à ralentir le flux migratoire, après avoir assoupli les formalité de transfert des Cubains en septembre. Donc 2.000 d'entre eux sont actuellement dans le Darién (sud du Panama) en attente de pouvoir continuer vers le nord.

Mais alors que le président du Costa Rica était reçu à La Havane par Raul Castro le 15 décembre, aucune solution n'est en vue.