Affaire Assange: la Grande-Bretagne en guerre contre les Amériques

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[Politique-fiction] Alors que l'Equateur a accordé l'asile politique à Julian Assange, la Grande-Bretagne s'acharne à l'extrader à tout prix pour complaire aux Etats-Unis. Mais les pays latinoaméricains ne sont pas prêts à admettre le viol de l'ambassade d'un pays frère. La mobilisation remonte jusqu'aux Etats-Unis en vertu du TIAR, le Traité Interaméricain d'Assistance Réciproque. 1/2

[Politique-fiction] Tout avait commencé bien avant 2012, évidemment. Les mauvaises relations de la Grande-Bretagne avec les pays du cône sud latinoaméricain, à cause des Malouines, et la défiance envers les Etats-Unis, étaient palpables depuis des années. Ce pays était fortement soupçonné d'être derrière les tentatives de déstabilisation ou les renversements de présidents réussis, comme au Vénézuela en 2002, au Honduras en 2009 et au Paraguay en 2012. Peut-être même derrière cet événement curieux qui avait eu lieu en Equateur le 30 septembre 2010, une journée un peu folle à laquelle peu d'observateurs avaient compris quelque chose, et qui avait vu le président Correa pris en otage par des policiers en grève. Libéré par l'armée, il avait accusé une partie de la police d'être corrompue par Washington. C'est dire s'il était hostile au grand frère du nord et à son immixtion dans les affaires du continent.

Rafael Correa n'était guère diplomate. Charismatique, beau parleur, rusé renard, mais pas disposé pour un sou à ménager les susceptibilités. La publication des câbles secrets nord-américains par Wikileaks lui avait fourni un excellent prétexte pour expulser l'ambassadrice des Etats-Unis, dont les rapports sur sa politique étaient trop critiques. De même qu'il n'hésitait pas à traîner en justice journalistes et médias dont les propos ou le ton lui étaient hostiles - parfois avec raison, toujours conforté par les décisions des tribunaux. Les associations internationales de journalistes, comme la SIP ou Reporters sans Frontières, dénonçaient périodiquement ses manières.

C'est pourquoi son interview par Julian Assange, pour une émission de Russia Today, avait été l'occasion d'un pied de nez à tous ses détracteurs. Un de plus, car Rafael Correa ne manquait pas de panache, prenant le risque d'une confrontation avec des étudiants en allant donner une conférence à l'université de Columbia, répondant en direct à l'un des journalistes vedettes de CNN. Mais cet entretien Assange, avec le symbole de la vérité absolue, le redresseur des mensonges diplomatiques, quel spectacle, quand le chef de l'Etat andin était montré du doigt comme manipulateur et ennemi des médias! Les deux protagonistes avaient goûté le sel du paradoxe. Pour renforcer encore l'ironie, Correa avait proposé à son intervieweur de l'accueillir en Equateur, où il serait à l'abri des poursuites directes et indirectes des Etats-Unis.

Alors, lorsqu'Assange avait eu épuisé toutes ses cartes et alors que la Grande-Bretagne s'apprêtait à l'extrader vers la Suède, il avait voulu mettre à profit cette invitation théorique: il s'était réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres. Pour une longue attente, de près de deux mois, mais couronnée de succès: le 16 août, devant une salle comble à 7h du matin, le ministre des Affaires Etrangères équatorien avait fait savoir, au nom du gouvernement, que son pays accordait l'asile politique au fondateur de Wikileaks. L'exposé de l'historique de l'asile politique et celui des motifs lui avaient pris une bonne demi-heure, et même si chacun savait quelle allait être la décision, son énoncé avait généré des applaudissements enthousiastes et quelques "bravos!" retentissants. Dans sa conclusion, le ministre Patiño se moquait ouvertement de la Grande-Bretagne, se déclarant "confiant" dans son respect des libertés, ne doutant pas qu'elle accorderait le sauf-conduit nécessaire à Assange pour qu'il puisse quitter l'ambassade pour gagner son nouveau pays hôte.

C'est là que les choses avaient commencé à dégénérer. [A suivre!]